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	<title>L'autre, cliniques, cultures et soci&#233;t&#233;s - Publications transculturelles</title>
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	<description>L'autre, site transculturel et transdisciplinaire, cr&#233;&#233; au sein des &#233;ditions La pens&#233;e sauvage par des cliniciens et des praticiens des sciences humaines, se veut l'instrument de cette r&#233;flexion. Il s'adresse aux professionnels de la sant&#233;, du social, de l'&#233;cole, de la justice et &#224; tous ceux qui se sentent concern&#233;s par l'alt&#233;rit&#233;, les rencontres, les m&#233;tissages.</description>
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		<title>L'autre, cliniques, cultures et soci&#233;t&#233;s - Publications transculturelles</title>
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		<title>Les enfants de migrants &#224; l'&#233;cole : une chance !</title>
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		<description>Il nous faut r&#233;agir face aux attaques virulentes d'un ministre de la R&#233;publique qui disait r&#233;cemment que les enfants de migrants constituaient la majorit&#233; des enfants en &#233;chec scolaire dans notre &#233;cole fran&#231;aise, la&#239;que et r&#233;publicaine et cela pour le leur reprocher et les d&#233;signer comme des boucs &#233;missaires. Le proc&#233;d&#233; est bien connu, il n'en reste pas moins r&#233;voltant. On d&#233;signe un coupable, facile, vuln&#233;rable et on construit une fausse &#233;vidence qu'ensuite on d&#233;clare avoir &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;e par les (...)

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&lt;a href="http://www.revuelautre.com/+-MESTRE-C-+.html" rel="tag"&gt;MESTRE C.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il nous faut r&#233;agir face aux attaques virulentes d'un ministre de la R&#233;publique qui disait r&#233;cemment que les enfants de migrants constituaient la majorit&#233; des enfants en &#233;chec scolaire dans notre &#233;cole fran&#231;aise, la&#239;que et r&#233;publicaine et cela pour le leur reprocher et les d&#233;signer comme des boucs &#233;missaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le proc&#233;d&#233; est bien connu, il n'en reste pas moins r&#233;voltant. On d&#233;signe un coupable, facile, vuln&#233;rable et on construit une fausse &#233;vidence qu'ensuite on d&#233;clare avoir &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;e par les statistiques ou le terrain. La violence des enfants serait li&#233;e &#224; la polygamie, faux. Les jeunes filles de familles musulmanes sont oblig&#233;es de se voiler, faux. La &lt;i&gt;Burqa&lt;/i&gt; est un probl&#232;me de s&#233;curit&#233; en France, faux. Et tant d'autres all&#233;gations mensong&#232;res &#224; l'appui desquelles on trouvera toujours quelqu'un qui transformera un fait divers ou un cas particulier en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale. On a donc entendu ces derniers jours que la grande majorit&#233; des &#233;checs scolaires en France &#233;tait celle des enfants de migrants sans qu'il ne soit fait mention des travaux qui existent sur ce sujet. Si on les lit, on apprend plusieurs choses importantes qui permettent de comprendre et d'agir, et ce depuis longtemps d&#233;j&#224;. Nombre de travaux fran&#231;ais et europ&#233;ens ont &#233;t&#233; men&#233;s : statistiques, sociologiques, psychologiques, linguistiques ou ethnopsychiatriques. Pour ma part (Marie Rose Moro), les premiers travaux que j'ai faits sur ce sujet datent de 1994 (&lt;i&gt;Parents en exil&lt;/i&gt;), puis de 2000 (&lt;i&gt;Psychoth&#233;rapie transculturelle des enfants de migrants&lt;/i&gt;) ou encore de 2010 (&lt;i&gt;Nos enfants demain&lt;/i&gt;). Si on croise les travaux statistiques et les travaux qualitatifs comme les n&#244;tres, on voit que, comme tous les enfants de classes sociales d&#233;favoris&#233;es, les enfants de migrants de m&#234;me niveau social sont massivement et tragiquement en &#233;chec, et que rien ne bouge depuis ces derni&#232;res ann&#233;es. On voit aussi qu'en plus de la part li&#233;e &#224; la classe sociale, ils sont mis en situation de vuln&#233;rabilit&#233; du fait de leur appartenance &#224; une minorit&#233; culturelle non reconnue comme telle et non valoris&#233;e. L'on ne prend pas en compte le fait que le fran&#231;ais est leur langue seconde et qu'ils doivent passer d'un univers culturel (celui de la maison) &#224; un autre (celui de l'&#233;cole), avec des habitudes et des repr&#233;sentations du savoir diff&#233;rentes, ce qui g&#233;n&#232;re des difficult&#233;s (Chomentowski 2009). Enfin, ils subissent des discriminations li&#233;es &#224; leurs appartenances sociales et culturelles qui font qu'on projette sur eux - et tout particuli&#232;rement sur les gar&#231;ons - des repr&#233;sentations n&#233;gatives et stigmatisantes. Malgr&#233; un d&#233;sir important que leurs enfants r&#233;ussissent bien &#224; l'&#233;cole fran&#231;aise, ceci est retrouv&#233; dans toutes les &#233;tudes, les parents sont tr&#232;s peu associ&#233;s au projet scolaire de leurs enfants car l'&#233;cole ne s'adapte pas &#224; eux et ne cr&#233;e pas les conditions pour leurs implications (langue des parents, informations adapt&#233;es dans la langue maternelle si besoin&#8230;). Par ailleurs, les enfants de migrants sont plus facilement que les autres mis dans des classes en marge du syst&#232;me g&#233;n&#233;ral ou dans des cycles courts. Une recommandation europ&#233;enne qui est parue en 2008 sur l'&#233;ducation des enfants de migrants en Europe, bas&#233;e sur une m&#233;ta-analyse de toutes les &#233;tudes europ&#233;ennes disponibles sur le sujet, pr&#233;conisait des mesures concr&#232;tes pour inverser cette vuln&#233;rabilit&#233; des enfants de migrants et faire en sorte que ces enfants r&#233;ussissent bien &#224; l'&#233;cole et soient une chance pour la soci&#233;t&#233; qu'ils sont en train de construire et dont ils seront membres. Cette recommandation rejoint ce que nous avons nous-m&#234;mes mis en &#233;vidence et d&#233;montr&#233; depuis 1994. L'&#233;cole doit reconna&#238;tre la diversit&#233; culturelle et sociale en son sein : &#233;quipe enseignante, adultes encadrants, pr&#233;sence concr&#232;te des parents de toutes cultures et langues, pr&#233;sence dans les programmes g&#233;n&#233;raux de th&#232;mes qui reconnaissent la diversit&#233; culturelle (histoire ou g&#233;ographie des autres pays que les n&#244;tres et, en particulier, ceux des enfants de migrants, introduction &#224; la linguistique&#8230;). En second lieu, cette circulaire recommande de reconna&#238;tre le fait que la langue de l'&#233;cole peut &#234;tre la langue seconde des enfants et, par cons&#233;quent, de s'adapter &#224; cela par des classes de petite taille au d&#233;but de la scolarit&#233; pour permettre aux enfants de faire le passage d'une langue &#224; l'autre en s'appuyant sur leur langue maternelle, dont l'apprentissage est recommand&#233; fortement. On parle d'autant mieux et avec plaisir la langue seconde que sa langue premi&#232;re est acquise avec certitude et dignit&#233;. Rien de plus d&#233;labrant pour les enfants et leurs apprentissages que d'int&#233;rioriser le fait que cette langue seconde serait mauvaise et inutile. C'est pourtant ce qui est v&#233;hicul&#233; actuellement par le discours ambiant qui d&#233;valorise cette diversit&#233; linguistique et culturelle et en fait un probl&#232;me majeur de notre soci&#233;t&#233; europ&#233;enne. Une &#233;tude de 1994, que nous avions faite sur les enfants de migrants qui r&#233;ussissent mieux &#224; l'&#233;cole que leurs camarades n&#233;s de parents eux-m&#234;mes n&#233;s ici, avait montr&#233; que ces enfants remarquables pr&#233;sentaient deux caract&#233;ristiques : c'&#233;taient majoritairement des enfants bilingues ou lorsqu'ils ne l'&#233;taient pas, ils avaient une repr&#233;sentation positive de leur langue maternelle et de la culture de leurs parents et, seconde caract&#233;ristique, ils avaient tous dans leur parcours un passeur, c'est-&#224;-dire une personne qui leur donnait envie de s'inscrire dans ce monde fran&#231;ais et qui ne d&#233;nigrait pas celui de leurs parents. Ce passeur pouvait &#234;tre un enseignant, un animateur, un travailleur social ou un membre de la communaut&#233; bien inscrit dans ce monde fran&#231;ais. Leur donner envie d'appartenir &#224; ce monde choisi par leurs parents et reconna&#238;tre leur diversit&#233;, telles semblent &#234;tre les cl&#233;s de la r&#233;ussite de ces enfants de migrants. Ainsi, on sait ce que l'on doit faire pour que ces enfants qui ont envie d'apprendre puissent le faire pour leur plaisir et le n&#244;tre. On ne pourra pas dire que l'on ne savait pas !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons vu un slogan affich&#233; sur un r&#233;verb&#232;re parisien, nous le faisons volontiers n&#244;tre : &lt;i&gt;D'ailleurs, nous sommes d'ici&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Paris, 2 juin 2011&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revuelautre.com/L-autre-2011-Vol-12-no3.html&quot; class='spip_in'&gt;L'autre 2011, Vol. 12, n&#176;3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item>
		<title>La culture : ni tabou, ni r&#233;volutionnaire !</title>
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		<description>La toile et les m&#233;dias ont &#233;t&#233; pris de folie &#224; la parution d'un livre dont le titre, Le d&#233;ni des cultures (Lagrange 2010), promettait des r&#233;v&#233;lations d&#233;rangeantes. Or, avant le contenu lui-m&#234;me, c'est la r&#233;action qui interroge. Faut-il y voir un effet de contexte ? Faut-il y d&#233;celer un probl&#232;me fran&#231;ais, qui se mat&#233;rialise dans la difficult&#233; d'utiliser des mots comme culture ? Sans doute les deux&#8230; Pour le contexte, il est vrai que le livre appara&#238;t &#224; un moment o&#249; sont mani&#233;s politiquement et id&#233;ologiquement (...)

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&lt;a href="http://www.revuelautre.com/+-MESTRE-C-+.html" rel="tag"&gt;MESTRE C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revuelautre.com/+-BENNABI-M-+.html" rel="tag"&gt;BENNABI M.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La toile et les m&#233;dias ont &#233;t&#233; pris de folie &#224; la parution d'un livre dont le titre, &lt;i&gt;Le d&#233;ni des cultures&lt;/i&gt; (Lagrange 2010), promettait des r&#233;v&#233;lations d&#233;rangeantes. Or, avant le contenu lui-m&#234;me, c'est la r&#233;action qui interroge. Faut-il y voir un effet de contexte ? Faut-il y d&#233;celer un probl&#232;me fran&#231;ais, qui se mat&#233;rialise dans la difficult&#233; d'utiliser des mots comme culture ? Sans doute les deux&#8230; Pour le contexte, il est vrai que le livre appara&#238;t &#224; un moment o&#249; sont mani&#233;s politiquement et id&#233;ologiquement des amalgames entre immigration et criminalit&#233; de fa&#231;on scandaleuse. Et le livre alimenterait ainsi des amalgames tout en feignant nous ouvrir les yeux sur un tabou. D'autres chercheurs, pass&#233;s par l'universit&#233; anglo-saxonne, avaient d&#233;j&#224; attir&#233; notre attention sur la frilosit&#233; des Fran&#231;ais &#224; nommer, du fait de leur pass&#233; vichyssois et colonial, mais aussi de notre id&#233;al r&#233;publicain, des constructions &#171; raciales &#187;, &#171; ethniques &#187;, &#171; culturelles &#187;, au risque de produire des in&#233;galit&#233;s et du rejet [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. notre article : Mestre C, Moro MR. Pour une R&#233;publique multiculturelle. (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Comme si nommer des discriminations en montrant clairement comment on les g&#233;n&#232;re, contribuait &#224; les cr&#233;er de toute pi&#232;ce. Le choix des mots, c'est le choix des d&#233;finitions, non pas taill&#233;es dans la pierre, mais subtilement dessin&#233;es &#224; partir des contextes politiques et historiques. Et, finalement, c'est par le choix des mots et des d&#233;finitions que se r&#233;v&#232;lent aussi les intentions d'un chercheur, en plus des zones d'ombre qu'il d&#233;sire &#233;clairer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le livre lui-m&#234;me, le titre refl&#232;te mal une recherche qui s'efforce d'analyser une r&#233;alit&#233; d'une grande complexit&#233;, alliant des donn&#233;es sociales, politiques, socio-&#233;conomiques et culturelles. Le chapitre le plus pol&#233;mique et le plus critiquable est celui o&#249; les facteurs d'&#233;chec scolaire et de d&#233;linquance sont analys&#233;s comme &#233;tant les cons&#233;quences de facteurs culturels, tels que la structure familiale, l'autoritarisme (et non l'autorit&#233;) des p&#232;res, l'inf&#233;odation des femmes et la polygamie. Ce lien a valeur d'interpr&#233;tation, une interpr&#233;tation qui r&#233;it&#232;re les peurs que suscite l'&#233;tranger par sa diff&#233;rence, mais aussi qui confortes les d&#233;nonciations d'une certaine classe politique de droite. Comme toute interpr&#233;tation, elle met l&#224; aussi en exergue un choix m&#233;thodologique qu'il nous faut examiner. Pourquoi mettre plus l'accent sur une particularit&#233; familiale plut&#244;t que sur les interactions des familles avec la soci&#233;t&#233; d'accueil ? Pourquoi mettre plus l'accent sur des suppos&#233;es valeurs intrins&#232;ques plut&#244;t que sur des trajectoires migratoires ? Pourquoi voir la culture comme un carcan qui enferme les individus plut&#244;t que comme un syst&#232;me de repr&#233;sentations et d'actions en continuelle transformation ? L'auteur ne manque pas de complexifier son propos, mais, cependant, il oublie, ou plut&#244;t ignore, des facteurs que la clinique transculturelle a d&#233;j&#224; finement &#233;tudi&#233;s. Il est &#224; noter que ses r&#233;f&#233;rences psychologiques sont rares et pauvres. Non pas que les facteurs psychologiques auraient le dernier mot, mais la clinique est un regard qui permet d'autres interpr&#233;tations. L'auteur ignore tout d'avanc&#233;es m&#233;thodologiques comme le compl&#233;mentarisme pr&#233;conis&#233; par Devereux, et dans lequel nous nous situons, qui permet d'analyser des objets complexes et en continuel mouvement, des objets de dedans et de dehors, intimes et collectifs avec, par exemple, le double regard anthropologique et psychanalytique, ou linguistique et psychologique. Justement, sur de telles questions qui impliquent les &#234;tres et les familles en situation transculturelle, &#233;tudier les interactions entre l'intime et le collectif n'est pas tabou. Ceci est en marche depuis les ann&#233;es 1950 dans diff&#233;rents pays du monde comme les USA, le Canada et la France, alors pourquoi ignorer la m&#233;thode si ce n'est les r&#233;sultats et ne pas se donner les moyens d'analyser la complexit&#233; et les interactions entre les niveaux ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par ailleurs, sur un plan anthropologique, au sein m&#234;me des groupes sah&#233;liens, les dynamiques et les projets de migration sont diff&#233;rents : ils contraignent fortement le respect des structures familiales et le contr&#244;le par le groupe d'ici et du pays d'origine. Ceci se r&#233;v&#232;le &#233;galement significatif pour des groupes turcs, venant de r&#233;gions rurales, migrants collectivement. La migration s'organise pour perp&#233;tuer les valeurs familiales et reconduire des pratiques, dont les alliances matrimoniales, ceci dans un hypoth&#233;tique projet de retour, mais aussi de d&#233;sir de protection et de lien communautaires. C'est bien s&#251;r sans compter sur les in&#233;vitables liens avec la soci&#233;t&#233; d'accueil et sur les al&#233;as du choix, m&#234;me contraint, des jeunes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les liens avec les institutions de la R&#233;publique sont obligatoires, m&#234;me dans les quartiers de rel&#233;gation. Le fait que les enfants migrants, ceux d'origine africaine particuli&#232;rement, soient des enfants en difficult&#233; scolaire avant d'&#234;tre potentiellement des adolescents rebelles, fait &#233;cho aux recherches ethnopsychiatriques : l'enfant traverse trois p&#233;riodes de vuln&#233;rabilit&#233; que sont la naissance, les grands apprentissages scolaires &#224; l'&#233;cole primaire et l'adolescence. On ne peut pas ne pas faire de lien entre l'extr&#234;me vuln&#233;rabilit&#233; des femmes migrantes en p&#233;riode p&#233;rinatale et la difficult&#233; future de leurs enfants. Non pas dans une causalit&#233; lin&#233;aire psychologique, et pas plus dans un intrins&#232;que d&#233;faut culturel. Les femmes africaines sont particuli&#232;rement dans un rapport d'in&#233;galit&#233; dans la p&#233;riode p&#233;rinatale : elles subissent, elles et leurs b&#233;b&#233;s, plus de risques morbides. C'est la distance entre soci&#233;t&#233; d'accueil et l'id&#233;al &#171; culturel &#187; de ces femmes qui se r&#233;v&#232;le probl&#233;matique, surtout pour le premier-n&#233; en France. Les femmes sont alors dans une solitude face &#224; des questions cruciales concernant leurs comp&#233;tences et le futur de l'enfant ; comment donner vie et &#233;lever un enfant en terre &#233;trang&#232;re pourrait r&#233;sumer leurs difficult&#233;s. Certaines &#233;quipes hospitali&#232;res tentent d'ouvrir progressivement leurs savoirs &#224; une meilleure hospitalit&#233; qui tiendrait compte des facteurs conjugu&#233;s, socio-&#233;conomiques, culturels et individuels. Ensuite, que nous apprend le rapport &#224; l'&#233;cole des enfants de migrants ? Que leur vuln&#233;rabilit&#233; est essentiellement due &#224; la distance &#233;cole-famille, dont le mutisme des enfants en est le sympt&#244;me le plus frappant, et &#224; l'ignorance par l'&#233;cole du potentiel cr&#233;ateur du bilinguisme. Avoir une bonne repr&#233;sentation de sa langue maternelle ou mieux encore la parler et &#234;tre bilingue est un facteur de protection de l'estime de soi des enfants, un puissant tuteur pour que les enfants aient un vrai d&#233;sir de langue en fran&#231;ais et un d&#233;sir d'apprendre les valeurs du monde d'accueil de leurs parents, qui est leur monde &#224; eux, comme le montre les travaux des linguistes et des ethnopsychiatres [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. le num&#233;ro de L'autre, Cliniques, Cultures et Soci&#233;t&#233;s sur &#171; L'enfant et les (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]. On sait &#224; partir de l&#224; comment lutter contre l'&#233;chec scolaire des enfants de migrants comme le montrent les travaux des sp&#233;cialistes de sciences de l'&#233;ducation qui, depuis quelques ann&#233;es, ont int&#233;gr&#233; la situation migratoire de ces enfants dans leur r&#233;flexion et leurs recherches, comme par exemple les travaux de Martine Chomentowski [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='L'&#233;chec scolaire des enfants de migrants. L'illusion de l'&#233;galit&#233;. Paris : (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]. Il faut reconna&#238;tre que pour certains enfants de migrants &#233;lev&#233;s dans leur langue maternelle, le fran&#231;ais est de fait la langue seconde et les m&#233;thodes p&#233;dagogiques doivent prendre en compte ce fait qui diminue consid&#233;rablement l'&#233;chec scolaire en fran&#231;ais. Ainsi, soutenir les langues premi&#232;res des enfants, faire en sorte que la diversit&#233; linguistique soit pr&#233;sente &#224; l'&#233;cole comme le pr&#233;conise les textes europ&#233;ens, produit chez les enfants des facteurs de r&#233;ussite et de compr&#233;hension de ce qui leur fait mal, au lieu d'hypoth&#232;ses qui ne prennent en compte que la fixit&#233; des cultures ou le mod&#232;le d'autorit&#233; des familles. Enfin, &#224; l'adolescence, leur construction identitaire complexe doit conjuguer au singulier pluriel filiation et affiliations multiples tant &#224; ce qui a &#233;t&#233; transmis par leurs parents qu'aux repr&#233;sentations et pratiques du monde fran&#231;ais et &#224; ses valeurs. Cette adolescence en situation transculturelle, comme toute adolescence qui plus est en situation de m&#233;tissages, ne va pas sans transgression, sans heurts, sans r&#233;am&#233;nagements.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est donc bien le lien entre institutions et enfants de migrants qu'il faut in&#233;vitablement interroger, ainsi que l'absence de m&#233;diation entre les familles et ces m&#234;mes institutions. La clinique nous montre que ce rapport difficile commence d&#232;s la naissance des enfants, avec un risque consid&#233;rable de disqualification parentale, qui bien s&#251;r r&#233;sonnera de fa&#231;on brutale avec une politique d'immigration, laquelle, ne se pr&#233;occupant plus que de la restriction &#171; des flux migratoires &#187;, d&#233;laisse les initiatives citoyennes qui permettent justement la m&#233;diation entre les groupes culturels et les institutions. Cette m&#234;me politique qui pr&#244;ne l'effacement de la langue maternelle alors qu'elle est n&#233;cessaire aux parents et aux enfants qu'elle n'emp&#234;che pas d'apprendre le fran&#231;ais ; elle les aide plut&#244;t &#224; le faire en constituant un socle conceptuel indispensable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;cole, qui a longtemps &#233;t&#233; le meilleur facteur de r&#233;ussite r&#233;publicaine, se voit aujourd'hui interrog&#233;e quant &#224; ses capacit&#233;s &#224; faire face aux potentialit&#233;s cr&#233;atrices des migrants autant qu'&#224; leur vuln&#233;rabilit&#233;.
La culture, tel le liquide amniotique, disait Kerouac, est constitutive du sujet, mais repass&#233;e par sa subjectivit&#233; et son intime. L'isoler ne nous para&#238;t, au regard de ce que nous apprend le courant transculturel depuis plus de cinquante ans, ni souhaitable ni r&#233;volutionnaire. Faisons plut&#244;t l'&#233;loge des m&#233;tissages.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Bordeaux, Paris,
le 1er d&#233;cembre 2010&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Cf. notre article : Mestre C, Moro MR. Pour une R&#233;publique multiculturelle. &lt;a href=&quot;http://www.revuelautre.com/L-autre-2010-Vol-11-no2.html&quot; class='spip_in'&gt;&lt;i&gt;L'autre, Cliniques, Cultures et Soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt; 2010 ; 11(2)&lt;/a&gt; : 132-134.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Cf. le num&#233;ro de &lt;a href=&quot;http://www.revuelautre.com/L-autre-2008-Vol-9-no2.html&quot; class='spip_in'&gt;&lt;i&gt;L'autre, Cliniques, Cultures et Soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt; sur &#171; L'enfant et les langues &#187; 2008 ; 9(2)&lt;/a&gt; ou Moro MR. &lt;i&gt;Nos enfants demain. Pour une soci&#233;t&#233; multiculturelle&lt;/i&gt;. Paris : Odile Jacob ; 2010.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;i&gt;L'&#233;chec scolaire des enfants de migrants. L'illusion de l'&#233;galit&#233;&lt;/i&gt;. Paris : L'Harmattan ; 2009.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revuelautre.com/L-autre-2011-Vol-12-no2.html&quot; class='spip_in'&gt;L'autre 2011, Vol. 12, n&#176;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>La r&#233;volution des exclus</title>
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		<dc:date>2011-05-27T13:05:52Z</dc:date>
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		<dc:subject>DJAZIRI N.</dc:subject>

		<description>L'embrasement Il y a quelques ann&#233;es, je rencontrai Gilbert Naccache, illustre citoyen tunisien qui a pass&#233; onze ann&#233;es de sa vie en tant qu'opposant dans les prisons de Bourguiba. Au cours de notre discussion, je lui ai exprim&#233; mon pessimisme en ces termes&#8239; : le G&#233;n&#233;ral Ben Ali qui gouverne le pays est un homme fort, son parti contr&#244;le tout, le syndicat est dans ses mains, l'opposition est inexistante, le peuple tunisien est &#224; genoux, il n'y a rien &#224; esp&#233;rer. En souriant, Gilbert m'a arr&#234;t&#233;&#8239; : &#171; &#8239;tu (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'embrasement&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Il y a quelques ann&#233;es, je rencontrai Gilbert Naccache, illustre citoyen tunisien qui a pass&#233; onze ann&#233;es de sa vie en tant qu'opposant dans les prisons de Bourguiba. Au cours de notre discussion, je lui ai exprim&#233; mon pessimisme en ces termes&#8239; : le G&#233;n&#233;ral Ben Ali qui gouverne le pays est un homme fort, son parti contr&#244;le tout, le syndicat est dans ses mains, l'opposition est inexistante, le peuple tunisien est &#224; genoux, il n'y a rien &#224; esp&#233;rer. En souriant, Gilbert m'a arr&#234;t&#233;&#8239; : &#171; &#8239;tu peux raconter tout ce que tu veux, mais moi je vais te dire une chose, une chose que je connais pro&#173;fon&#173;d&#233;ment, que je connais d'exp&#233;rience&#8239; : le Tunisien est un &#234;tre &#233;motionnel qui s'enflamme et apr&#232;s, c'est difficile de l'arr&#234;ter, c'est sa mani&#232;re de se rebeller. Il a ajout&#233;&#8239; : oui tu vois, ce peuple est poli, gentil, soumis&#8239; ; mais de l'int&#233;rieur, il bouillonne, puis s'enflamme, c'est ma conviction&#8239; ; je n'en ai pas d'autre.&#8239; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 17 d&#233;cembre 2010, lorsque Bouazizi, jeune vendeur ambulant s'immole par le feu devant le si&#232;ge du gouvernorat de Sidi Bouzid pour protester contre l'employ&#233;e de la municipalit&#233; qui a renvers&#233; sa carriole de l&#233;gumes et qui l'a gifl&#233; et contre le repr&#233;sentant politique de l'&#233;tat qui a refus&#233; de le recevoir&#8239; ; je pensai &#224; Gilbert Naccache et &#224; ce qu'il m'avait dit.
Par son geste, Bouazizi d&#233;nonce l'attitude de m&#233;pris de l'administration vis-&#224;-vis des citoyens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il cherche &#224; d&#233;truire par le feu l'humiliation ressentie, &#224; manifester sa fiert&#233;, &#224; se sacrifier&#8239; : son acte est per&#231;u comme une r&#233;bellion. En signe de solidarit&#233; avec lui, des &#233;meutes &#233;clatent dans la r&#233;gion de Sidi Bouzid, diffusent vers le Sud et gagnent tout le pays. C'est un embrasement g&#233;n&#233;ral et qui progresse rapidement au fil des jours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;ponse de Ben Ali aux manifestants qui r&#233;clament la libert&#233; et la dignit&#233; est imm&#233;diate, simple et brutale&#8239; : tirer dans le but de tuer, tirer sur une population d&#233;sarm&#233;e et pacifique. C'est une r&#233;action &#233;tonnante et plus &#233;tonnante encore est l'utilisation de tireurs post&#233;s sur les immeubles. Une seule explication &#224; cela&#8239; : la volont&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;e de tuer, le d&#233;sir de tuer, motiv&#233; certainement par la haine de Bouazizi, et de tous ceux qui se sont solidaris&#233;s avec lui. Le r&#233;sultat est connu&#8239; : une centaine de morts, autant ou plus de bless&#233;s et jusqu'&#224; ce jour, nous n'avons ni la liste exacte et d&#233;finitive des victimes, ni les circonstances de leur mort. D'un autre c&#244;t&#233;, la r&#233;action des gens est tout aussi inattendue&#8239; ; tous les jours, ils bravent la mort, r&#233;&#173;clament la d&#233;mocratisation de la soci&#233;t&#233; et surtout le d&#233;part du pr&#233;sident, de sa famille et de son entourage&#8239; ; tous corrompus et maffieux.
Les trois discours de Ben Ali qui tente par ses apparitions t&#233;l&#233;visuelles guind&#233;es de stopper le mouvement de contestation ne laissent filtrer aucune intelligence&#8239; : il commence par prof&#233;rer des menaces dans le but de terroriser les t&#233;l&#233;spectateurs&#8239; ; ensuite, il offre de l'argent et des emplois&#8239; ; enfin, il affirme avoir saisi le d&#233;sir de d&#233;mocratisation, mais ne comprend toujours pas que c'est lui qui est en cause, et que tout le monde veut son d&#233;part. Il le r&#233;alisera le lendemain du troisi&#232;me discours, au cours de la manifestation du 14&#8239;janvier &#224; Tunis. Signe de sa frayeur, sa fuite est pr&#233;cipit&#233;e et l'oblige &#224; abandonner sur place une partie de ses proches.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout au long de cette journ&#233;e, et malgr&#233; les morts, les gens ont cri&#233; dans la joie leur haine de Ben Ali, de sa famille et de son parti. On n'a jamais vu en Tunisie autant de spontan&#233;it&#233;, de force, de solidarit&#233; et de courage&#8239; ! Personne n'aurait pu pr&#233;voir de telles choses. L'impr&#233;visible&#8239; ! Je pense souvent&#173; &#224; cette phrase de Philip K. Dick&#8239; : &#171; &#8239;L'andro&#239;de ou le robot est s&#251;r et pr&#233;visible. L'&#234;tre r&#233;ellement humain est contradictoire et impr&#233;visible.&#8239; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le chaos&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Au cours des jours qui suivent le d&#233;part de Ben Ali, la police dispara&#238;t, sa garde personnelle, les milices de son parti s&#232;ment la terreur parmi la population qui s'organise en comit&#233;s de quartier pour se prot&#233;ger. Une grande confusion s'installe, on ne sait plus &#224; qui se fier. On veut nous faire peur. Dans les m&#233;dias, on annonce&#8239; : les snipers sont l&#224;, ils se comptent&#173; par milliers, des tireurs d'&#233;lite, bien entra&#238;n&#233;s, armement sophistiqu&#233; et qui communiquent entre eux, changent de tactique, se d&#233;&#173;placent en voiture de location, de police, de corps diplomatique, en ambulance, et tirent &#224; l'arme automatique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la tomb&#233;e de la nuit, nous sommes dehors en faction dans la rue&#8239; ; dans toutes les rues, il y a des groupes qui quadrillent les quartiers avec des pierres et des b&#226;tons en guise d'armes&#8239; ; on se soutient les uns les autres. Les rues sont barr&#233;es avec un bric-&#224;-brac fait de branchages, d'&#233;l&#233;ments d'&#233;chafaudage, de panneaux publicitaires, de vieux meubles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'arm&#233;e, post&#233;e &#224; une entr&#233;e de notre quartier, nous informe que deux miliciens d&#233;guis&#233;s en policiers ont abandonn&#233; leur v&#233;hicule apr&#232;s une course-poursuite et qu'il faudrait les localiser et communiquer leur position sans prendre de risques. Pour cela&#8239; : leur lancer des pierres et se retirer dans les maisons en klaxonnant pour &#234;tre entendus par l'arm&#233;e post&#233;e &#224; 100&#8239;m au bout de la rue qui passe derri&#232;re ma maison&#8239; ! Mon voisin hyper angoiss&#233; de nature, mais toujours s&#233;rieux, regarde le militaire et lui dit&#8239; : &#171; &#8239;s'il y a quelque chose de ce c&#244;t&#233;, je te lance le cri de Tarzan, c'est plus rapide que d'aller jusqu'&#224; la voiture, tu connais Tarzan&#8239; ?&#8239; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des coups de feu isol&#233;s et intermittents &#233;clatent tr&#232;s proches &#224; quelques rues&#8239; ; des hurlements, des bruits de pas de course puis le silence. Mon voisin devient tr&#232;s agit&#233;, mon &#233;tat n'est pas tr&#232;s diff&#233;rent du sien&#8239; ; je ressens distinctement les &lt;i&gt;boum&#8239; ! boum&#8239; !&lt;/i&gt; de mes battements cardiaques. Il se penche vers moi et me dit&#8239; : &#171; &#8239;je crois qu'il faut se retirer, on est trop expos&#233;s dans la rue&#8239; &#187;. De la terrasse du premier &#233;tage, je surveille un verger derri&#232;re la maison, cachette id&#233;ale pour des fugitifs. Jusqu'au petit matin, d&#233;filent devant mes yeux, fant&#244;mes, zombies, g&#233;ants et vampires&#8239; : tous, ils se sont donn&#233;s rendez-vous dans ce satan&#233; verger&#8239; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La danse des infid&#232;les&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Le calme est revenu. Ben Ali s'est enfui, mais son parti et ses milices sont toujours l&#224;. Le gouvernement actuel est dirig&#233; par son premier ministre. Sur la Place du Gouvernement, des centaines de personnes exigent la chute d&#233;finitive de l'ancien r&#233;gime. Des orateurs, des ch&#244;meurs dipl&#244;m&#233;s expliquent leur point de vue&#8239; ; des visages de paysans doux, allong&#233;s sur des cartons, faisant la gr&#232;ve de faim&#8239; ; des visages tann&#233;s par le soleil&#8239; : ce sont les exclus du syst&#232;me, ceux qui ont fait cette r&#233;volution. Ils sont venus du Centre et du Sud, ont install&#233; des banderoles portant les noms de leurs villages. Ils ont accroch&#233; les portraits de ceux qui sont tomb&#233;s et attendent que le premier ministre les re&#231;oive pour qu'il leur donne les garanties que les id&#233;aux de leur r&#233;volution ne seront pas trahis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'une violence inou&#239;e, la r&#233;ponse du gouvernement est tomb&#233;e le 29&#8239;janvier&#8239; : chass&#233;s de la place &#224; coups de pierres, de matraques et de bombes lacrymog&#232;nes&#8239; ; ils ont &#233;t&#233; pri&#233;s de retourner &#224; leurs taudis et &#224; leur mis&#232;re&#8239; ! C'est peut-&#234;tre ce qu'ils feront, mais leur parole a &#233;t&#233; entendue et leur danse n'est pas finie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La parole lib&#233;r&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Sous le r&#232;gne de Ben Ali, nous vivions dans la peur, une peur qui faisait que lorsque nous l'&#233;voquions, lui et son clan &#8212; confortablement install&#233;s dans nos maisons &#8212;, nous nous mettions &#224; chuchoter comme si les murs pouvaient nous &#233;couter et nous faisions cela de mani&#232;re spontan&#233;e et toute naturelle comme si ef&#173;fec&#173;ti&#173;vement les murs pouvaient le faire. &#192; force de vivre entre les murs, les murs deviennent des personnages vivants, on s'y habitue, on leur parle et ils nous &#233;coutent&#8239; ; alors parfois, on baisse la voix par pudeur, g&#234;ne ou coquetterie.
Les murs sont tomb&#233;s. Ils ont vol&#233; en &#233;clats. Demain, d'autres murs pourront descendre du ciel, remplacer les anciens, recr&#233;er la prison. Malgr&#233; les efforts des b&#226;tisseurs de murs, la br&#232;che ouverte dans le syst&#232;me inaugure pour nous une p&#233;riode agr&#233;able, incertaine et libre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Tunis, le 30 janvier 2011&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revuelautre.com/L-autre-2011-Vol-12-no1.html&quot; class='spip_in'&gt;L'autre 2011, Vol. 12, n&#176;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item>
		<title>La logique du bouc-&#233;missaire&#8239; : r&#233;flexions et indignation</title>
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		<dc:subject>editorial</dc:subject>
		<dc:subject>GOUSSOT A.</dc:subject>

		<description>Nous assistons en France &#224; une d&#233;rive dangereuse du discours politique et cela dans une phase de grave crise sociale. Ce n'est pas la premi&#232;re fois que cela se passe dans l'histoire de l'humanit&#233;&#8239; : le XXe&#8239;si&#232;cle nous a donn&#233; des exemples tragiques de ce que pouvait provoquer la construction du bouc-&#233;missaire et la stigmatisation de certaines cat&#233;gories de la population. La logique du bouc-&#233;missaire est &#233;troitement li&#233;e &#224; la dialectique du reflet dans le rapport &#224; soi &#224; travers le rapport &#224; l'autre. Au (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous assistons en France &#224; une d&#233;rive dangereuse du discours politique et cela dans une phase de grave crise sociale. Ce n'est pas la premi&#232;re fois que cela se passe dans l'histoire de l'humanit&#233;&#8239; : le XXe&#8239;si&#232;cle nous a donn&#233; des exemples tragiques de ce que pouvait provoquer
la construction du bouc-&#233;missaire et la stigmatisation de certaines cat&#233;gories de la population. La logique du bouc-&#233;missaire est &#233;troitement li&#233;e &#224; la dialectique du reflet dans le rapport &#224; soi &#224; travers le rapport &#224; l'autre. Au fond, pourquoi un fils d'immigr&#233;s devrait s'en prendre &#224; d'autres immigr&#233;s ou fils d'immigr&#233;s&#8239; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La logique n'est pas seulement une logique s&#233;curitaire du discours politique, il y a, &#224; notre avis, quelque chose de plus profond qui doit &#234;tre analys&#233;&#8239; ; ce que nous tenterons de faire ici.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il faut tout de suite dire ici que nous sommes franchement indign&#233;s et angoiss&#233;s par les actes et les discours de l'actuel gou&#173;ver&#173;nement fran&#231;ais. Nous le disons ici comme fils de p&#232;re fran&#231;ais et de m&#232;re italienne, n&#233; en Belgique. Tout d'abord, il faut dire que ces discours sont profond&#233;ment odieux sur le plan &#233;thique et humain&#8239; ; nous savons trop bien o&#249; ce genre de message peut porter, nous l'avons vu contre les Juifs mais aussi contre les Arabes, en g&#233;n&#233;ral tous les colonis&#233;s et toutes les minorit&#233;s inf&#233;rioris&#233;es sur le plan social.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le niveau socio-politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est Albert Memmi qui &#233;crit&#8239; : &#171; &#8239;On tol&#232;re des crimes racistes presque partout dans le monde&#8239; ; on en propose des explications qui ressemblent souvent &#224; des plaidoyers&#8239; : les difficult&#233;s &#233;conomiques, le ch&#244;mage, une immigration excessive, la d&#233;fense de l'identit&#233; collective&#8230; comme si le m&#233;pris, l'exclusion et le meurtre pouvaient &#234;tre justifi&#233;s par des difficult&#233;s, bien r&#233;elles&#8239; &#187;. La diff&#233;rence devient un stigmate social, l'empreinte d'une condition inf&#233;rieure. Si on fait un raisonnement au niveau global, on peut affirmer qu'il y a les parias et ceux qui d&#233;cident ce qui est bon, juste et normal&#8239; ; il y a les barbares et les civilis&#233;s qui se proposent d'&#233;duquer les premiers &#224; penser, manger, s'habiller et se comporter comme eux pour devenir de bons petits Fran&#231;ais (on pourrait dire aussi de bons petits Italiens ou Allemands, etc.). Le niveau m&#233;diatique et politique donne des r&#233;ponses &#233;videntes et tellement d&#233;formantes et simplificatrices qu'elles rassurent et canalisent l'anxi&#233;t&#233; sur qui est d&#233;sign&#233; du doigt. La d&#233;mocratie est mise ici &#224; tr&#232;s dure &#233;preuve car si elle ne garantit plus la D&#233;claration des droits de l'homme, qui a tout de m&#234;me &#233;t&#233; &#233;crite dans la langue des actuels gouvernants fran&#231;ais, si elle ne permet pas le pluralisme culturel des modes d'expression et de vie, si elle ne prot&#232;ge pas les droits des minorit&#233;s&#8239; ; cette d&#233;mocratie est profond&#233;ment malade et risque de d&#233;p&#233;rir. Mais c'est aussi l'universalisme abstrait qui alimente toutes les ambig&#252;it&#233;s possibles dont se couvre l'attitude discriminatoire&#8239; ; un universalisme abstrait qui nie l'universalit&#233; du droit d'&#234;tre soi-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le niveau socio-relationnel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;sagr&#233;gation des liens sociaux, l'inf&#233;riorisation de l'autre, son identification, avec des traits qui sont grossis et m&#234;me pr&#233;sent&#233;s de mani&#232;re d&#233;form&#233;e pour mieux l'exclure et le stigmatiser, s'alimentent de l'&#233;croulement total du sentiment de l'humain, du sentiment de l'&#233;galit&#233;. La reconnaissance que nous sommes tous en m&#234;me temps semblables et diff&#233;rents est &#224; la base de la condition pour la rencontre, car seule la rencontre, le moment o&#249; l'on sent que l'autre sent comme nous, peut nous permettre d'acc&#233;der &#224; notre humanit&#233; et donc &#224; la reconnaissance de celle de l'autre. Mettre continuellement l'accent sur la diversit&#233; stigmatisant une cat&#233;gorie de la population ou bien nier les diff&#233;rences qui existent au non d'un universalisme abstrait des comportements et des fa&#231;ons d'&#234;tre ne peuvent que porter &#224; l'apartheid ou &#224; l'assimilation qui sont, au fond, les deux facettes de la m&#234;me m&#233;daille. Ce sont les deux facettes d'une conception des relations qui nie l'humanit&#233; de l'autre et qui ne peut alors rentrer dans l'humanit&#233; que si le dominant se reconna&#238;t lui-m&#234;me. Quand la relation n'est que rapport in&#233;galitaire, de domination, quand il n'y a aucune citoyennet&#233; r&#233;elle, reconnue et v&#233;cue comme telle pour le domin&#233;, il ne peut y avoir de rencontre et encore moins de citoyennet&#233;. En plus, si l'humanit&#233; est identifi&#233;e avec la nationalit&#233;, la chose devient dramatique&#8239; : au fond, n'&#233;tait-ce pas ce qu'Hitler disait&#8239; ? Les Allemands d'origine juive n'&#233;taient pas de vrais Allemands, exactement comme les Fran&#231;ais d'origine maghr&#233;bine, africaine ou tzigane ne sont pas de vrais Fran&#231;ais. Le message odieux de la n&#233;gation de l'appartenance &#224; l'humanit&#233; identifi&#233;e avec la nationalit&#233; ne peut que porter &#224; des d&#233;rives antihumanistes, antihumaines et antid&#233;mocratiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le niveau culturel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous avez vu ? Les caravanes des Tziganes sont tir&#233;es par de grosses cylindr&#233;es&#8239; ! Il faut tous les contr&#244;ler. Le sous-entendu n'a m&#234;me pas besoin d'&#234;tre expliqu&#233;, il parle le langage du sens commun qui va dans le sens de l'histoire &#233;crite par les dominants. C'est effectivement la culture de la dominance qui est aussi la culture de la servitude volontaire, comme &#233;crivit &#201;tienne de La Bo&#233;tie au d&#233;but du XVIe&#8239;si&#232;cle. La construction culturelle de l'autre va aussi dans la direction d'une v&#233;ritable d&#233;culturalisation qui fait de l'autre un &#234;tre aculturel, naturel, sauvage et fondamentalement non civilis&#233;. Le mot civilisation se rapproche de ce que les Italiens appellent l'essere civile, c'est-&#224;-dire savoir se comporter avec l'autre de mani&#232;re humaine et respectueuse. Dans le discours actuel l'immigr&#233;, le Tzigane, le sans domicile fixe, le jeune des quartiers populaires est d&#233;culturalis&#233; dans son &#234;tre et en plus rendu non civile, c'est-&#224;-dire inapte &#224; entretenir un rapport avec les civilis&#233;s (sous-entendu les Fran&#231;ais &#171; &#8239;de souche&#8239; &#187; ou ceux qui les singent tellement bien qu'ils sont plus fran&#231;ais que les Fran&#231;ais). La logique culturelle de la d&#233;culturalisation de l'autre est aussi l'effet d'une phobie et d'une culture du ressentiment, de la ranc&#339;ur, une culture, car qui dit culture dit pratique et production de pratiques de relations, une culture de l'exclusion et du bouc-&#233;missaire. C'est aussi une culture de la n&#233;gation de la libert&#233;&#8239; ; de la libert&#233; de qui est diff&#233;rent de soi car la seule libert&#233; reconnue n'est que celle du ma&#238;tre qui domine. La culture de la dominance nie les libert&#233;s, donc les existences des domin&#233;s, en les d&#233;culturalisant, ce qui cr&#233;e les conditions anthropologiques d'une culture de la s&#233;gr&#233;gation et de l'exclusion&#8239; ; culture qui peut aller jusqu'&#224; l'extermination et la destruction de l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le niveau psychologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il faut nous concentrer sur ce qui se passe au niveau psychologique aussi bien chez le dominant que chez le domin&#233; et surtout essayer de comprendre pourquoi une personne issue de l'histoire de l'immigration devient plus fran&#231;aise que les Fran&#231;ais &#171; &#8239;de souche&#8239; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Anticipant le psychiatre italien Franco Basaglia pour qui c'est le psychiatre qui cr&#233;e la maladie mentale, Frantz Fanon affirme que le malade est conditionn&#233; par un rapport de domination, exac&#173;tement comme le colonis&#233; et l'immigr&#233; africain. La violence que le regard dominant implique fait de l'immigr&#233; africain et du colonis&#233; un &#171; &#8239;mutil&#233; psycho-affectif&#8239; &#187;. Les r&#233;actions &#224; cet &#233;tat psychique sont diff&#233;rentes&#8239; : elles vont de l'agressivit&#233; &#224; l'auto-agressivit&#233; ou bien &#224; l'identification compl&#232;te&#173; avec l'agresseur. Dans ce cas, les conflits intrapsychiques doivent trouver des soupapes et des canaux d'expression comme l'agression de soi-m&#234;me &#224; travers l'autre semblable &#224; soi, c'est-&#224;-dire l'agression &#224; l'autre hors de soi. Un aspect central reste le d&#233;sir fou de ressembler au dominant et de s'en faire accepter. En bref, l'immigr&#233; et le colonis&#233; ont toujours besoin de la sanction du regard dominant. Cette sanction porte &#224; une assimilation de tout ce qui caract&#233;rise le dominant. Pour Fanon&#8239; : &#171; &#8239;La d&#233;livrance des complexes&#173; de haine ne sera obtenue que si l'humanit&#233; saura renoncer au complexe du bouc-&#233;missaire&#8239; &#187;. L'immigr&#233; a au fond une fonction psycho-sociale importante&#8239; : celle de repr&#233;senter les sentiments inf&#233;rieurs, les mauvais penchants, le c&#244;t&#233; obscur de l'&#226;me des civilis&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On pourrait, &#224; ce propos, reprendre les &#233;tudes r&#233;centes du psychanalyste am&#233;ricain Henri Parens (d'origine belge et juive) sur le &#171; &#8239;pr&#233;jug&#233; b&#233;nin&#8239; &#187; et le &#171; &#8239;mauvais pr&#233;jug&#233;&#8239; &#187;. Selon lui, le premier est pr&#233;sent dans toutes les exp&#233;riences de relations, et cela depuis l'enfance. Le second, par contre, se caract&#233;rise par une dose de forte agressivit&#233; et m&#234;me de haine vis-&#224;-vis de l'autre, une intense hostilit&#233; et il est charg&#233; d'instincts de destruction qui ne peuvent s'expliquer que dans le type d'attachement, d'identification, s&#233;paration et socialisation v&#233;cue par l'individu qui manifeste de la haine violente vis-&#224;-vis de l'autre, reflet de la haine qu'il &#233;prouve envers une partie de lui-m&#234;me. Le fait de ne pas reconna&#238;tre l'autre en soi ne peut que porter &#224; un pr&#233;jug&#233; qui mire &#224; la destruction symbolique et aussi physique de cette partie de soi non accept&#233;e, fruit de cette &#171; &#8239;&#233;trange anxi&#233;t&#233;&#8239; &#187; qui se manifeste dans les rapports de type ambivalent. Le &#171; mauvais pr&#233;jug&#233; &#187; aliment&#233; par les dominants peut se d&#233;velopper de mani&#232;re ingouvernable dans une situation de malaise social profond. Le &#171; &#8239;malaise de la civilisation&#8239; &#187;, dont nous parlait Freud, est une r&#233;alit&#233; que nous vivons quotidiennement et qui provoque cette &#171; &#8239;&#233;trange anxi&#233;t&#233;&#8239; &#187; qui peut devenir haine destructrice vis-&#224;-vis de qui nous est indiqu&#233; comme responsable imm&#233;diat et &#233;vident des perturbations qui nous touchent. C'est ici que se construisent des &#171; identit&#233;s meurtri&#232;res &#187; (pour utiliser l'expression de T. Todorov) ou encore des &#171; identit&#233;s violentes &#187; (pour utiliser l'explication donn&#233;e par Amartya Sen dans un de ses derniers ouvrages intitul&#233; Identit&#233; et violence). Ces identit&#233;s sont continuellement sur la d&#233;fensive face &#224; l'autre&#8239; ; ce sont ces identit&#233;s qui forment les communaut&#233;s de la ranc&#339;ur, les communaut&#233;s de l'exclusion et de la vengeance mim&#233;tique car l'autre est agress&#233; non pas parce que diff&#233;rent mais plut&#244;t parce que semblable. C'est la ressemblance et non la diff&#233;rence qui porte &#224; l'agression, une ressemblance non reconnue et non accept&#233;e qui d&#233;note un conflit int&#233;rieur et une perturbation profonde de l'&#234;tre. On affirme son existence en d&#233;truisant l'autre, en &#233;liminant de fa&#231;on diff&#233;r&#233;e et indirecte l'autre que nous avons en nous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N'est-ce pas au fond ce &#224; quoi on assiste en ce moment&#8239; ? Georges Devereux, consid&#233;r&#233; &#224; la fois comme le fondateur moderne de l'ethnopsychiatrie et de la psychologie transculturelle, se m&#233;fiait beaucoup de l'utilisation que l'on faisait du mot identit&#233;, il le consid&#233;rait m&#234;me comme un concept extr&#234;mement ambigu. Il parle d'unit&#233; psychique du genre humain et montre que nous sommes &#224; la fois semblables et diff&#233;rents&#8239; ; semblables dans les m&#233;canismes de la psychologie des profondeurs, diff&#233;rents par les modalit&#233;s et les symboles avec lesquels nous exprimons nos sentiments car cela nous vient de notre &#233;ducation sp&#233;cifique. Oublier cette double dimension de la &#171; configuration de soi &#187; et vouloir s&#233;parer similitude et diff&#233;rence veut dire lac&#233;rer le tissu unique (m&#234;me si pluriel dans sa composition) de la vie globale de l'&#234;tre humain. Quand la personne ou le groupe est identifi&#233; ou s'identifie avec un seul trait de sa configuration historique, on assiste &#224; un appauvrissement, une r&#233;duction de la complexit&#233; et du riche r&#233;pertoire de la personne&#8239; : cette conception unidimensionnelle de soi et de l'autre &#233;limine les zones de contact et construit des s&#233;parations mentales qui ne permettent plus la rencontre, les influences r&#233;ciproques et le dialogue interculturel dans le tissu m&#234;me de l'intersubjectivit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous esp&#233;rons que la France aura le courage de s'opposer &#224; ce d&#233;ferlement de haine et d'intol&#233;rance qui ne fait certainement pas honneur &#224; ceux qui gouvernent et au pays qui pr&#233;tend &#234;tre la terre des droits de l'homme. Personnellement&#173;, je pense &#224; la France que m'a fait conna&#238;tre mon p&#232;re. N&#233; &#224; Paris, exactement &#224; Choisy-le-Roi il v&#233;cut comme beaucoup de sa g&#233;n&#233;ration les durs moments de l'Occupation. Je me souviens de la France que lui et ma grand-m&#232;re me racontaient, par exemple&#8239; : apportant &#224; manger aux r&#233;sistants, ma grand-m&#232;re d&#233;chirant les pages du registre de l'&#233;tat-civil &#224; Paris, o&#249; elle &#233;tait fonctionnaire, pour prot&#233;ger les familles juives des d&#233;portations. La France de 1936 avec ma grand-m&#232;re qui d&#233;filait avec les ouvriers pour les droits sociaux&#8239; ; elle qui ouvrit un bistrot en Belgique, &#224; Charleroi (la ville ou je suis n&#233; d'une m&#232;re italienne) o&#249; elle &#233;tait all&#233;e avec son second mari d'origine belge. Je me souviens qu'il y avait des ouvriers de toutes les nationalit&#233;s&#8239; : italiens, polonais, portugais et alg&#233;riens. Je me souviens aussi, j'avais huit ans, qu'une discussion &#233;clata un jour &#224; table en pleine partie de belote&#8239; : certains copains belges dirent &#224; ma grand-m&#232;re que les Alg&#233;riens n'&#233;taient pas comme nous. Elle r&#233;pondit&#8239; : &#171; &#8239;Je puis vous assurer les copains, que ce sont des hommes exac&#173;tement comme vous, ils ne sont en rien diff&#233;rents&#8239; &#187;. Ma grand-m&#232;re ne supportait aucune forme de racisme&#8239; ; elle avait fait les gr&#232;ves de 1936 et mon arri&#232;re-grand-m&#232;re, disait-elle, avait particip&#233; &#224; la Commune de 1871. Voil&#224; la France que j'aime et non celle qui montre le visage haineux de l'intol&#233;rance actuelle, &#231;a n'est pas ma France !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;bibliographie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Bauman Z. &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; assi&#233;g&#233;e&lt;/i&gt;. Paris&#8239; : Hachette Litt&#233;ratures&#8239; ; 2007.&lt;br/&gt;
Devereux G. (1970) &lt;i&gt;Essais d'ethnopsychiatrie g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;. Paris&#8239; : Gallimard&#8239; ; 1983.&lt;br/&gt;
Devereux G. &lt;i&gt;La renonciation &#224; l'identit&#233;. D&#233;fense contre l'an&#233;antissement&lt;/i&gt;. Paris&#8239; : Payot, 2009.&lt;br/&gt;
Fanon F. (1952) &lt;i&gt;Peau noire, masques blancs&lt;/i&gt;. Paris&#8239; : Poche&#8239; ; 1999.&lt;br/&gt;
Fanon F. (1961) &lt;i&gt;Les damn&#233;s de la terre&lt;/i&gt;. Paris&#8239; : La D&#233;couverte&#8239; ; 2000.&lt;br/&gt;
La Bo&#233;tie E. (1549) &lt;i&gt;De la servitude volontaire&lt;/i&gt;. Paris&#8239; : Gallimard&#8239; ; 1998.&lt;br/&gt;
Lacan J. &lt;i&gt;Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je&lt;/i&gt;. In&#8239; : &#201;crits. Paris&#8239; : Seuil&#8239; ; 1966.&lt;br/&gt;
Memmi A. (1957) &lt;i&gt;Portrait du colonis&#233;, portrait du colonisateur&lt;/i&gt;. Paris&#8239; : Folio&#8239; ; 1985.&lt;br/&gt;
Memmi A. &lt;i&gt;Le racisme&lt;/i&gt;. Paris&#8239; : Gallimard&#8239; ; 1994.&lt;br/&gt;
Parens H. &lt;i&gt;Toward understanding prejudice-benign and malignant, in The future of prejudice&lt;/i&gt;. New York&#8239; : Rowman &amp; Lettlefield publishers&#8239; ; 2007.&lt;br/&gt;
Rousseau JJ. (1754) &lt;i&gt;Discours sur l'origine de l'in&#233;galit&#233;&lt;/i&gt;. Paris&#8239; : Folio&#8239; ; 1999.&lt;br/&gt;
Sartre JP. (1946) &lt;i&gt;R&#233;flexions sur la question juive&lt;/i&gt;. Paris&#8239; : Folio&#8239; ; 1985. &lt;br/&gt;
Sen A. &lt;i&gt;Identit&#233; et violence&lt;/i&gt;. Paris&#8239; : Odile Jacob&#8239; ; 2006.&lt;br/&gt;
Todorov T. &lt;i&gt;Les identit&#233;s meurtri&#232;res&lt;/i&gt;. Paris&#8239; : Grasset ; 1998.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revuelautre.com/L-autre-2010-Vol-11-no3.html&quot; class='spip_in'&gt;L'autre 2010, Vol. 11, n&#176;3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Pour une R&#233;publique multiculturelle</title>
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		<dc:subject>MORO M. R.</dc:subject>
		<dc:subject>MESTRE C.</dc:subject>

		<description>L'invitation par le gouvernement &#224; d&#233;finir une identit&#233; nationale a sonn&#233; pour beaucoup comme une sommation &#224; r&#233;duire et &#224; tronquer une repr&#233;sentation de soi riche de diverses appartenances. On se croyait riche de multiples apports et d'une histoire plurielle et voil&#224; qu'on nous demande de choisir un camp et de se d&#233;finir de mani&#232;re univoque et monolithique. Ainsi, on a assist&#233; sur la toile et dans les m&#233;dias &#224; un d&#233;chainement des philosophes, des penseurs, des chercheurs, des historiens&#8230; qui ont cherch&#233; (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'invitation par le gouvernement &#224; d&#233;finir une identit&#233; nationale a sonn&#233; pour beaucoup comme une sommation &#224; r&#233;duire et &#224; tronquer une repr&#233;sentation de soi riche de diverses appartenances. On se croyait riche de multiples apports et d'une histoire plurielle et voil&#224; qu'on nous demande de choisir un camp et de se d&#233;finir de mani&#232;re univoque et monolithique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, on a assist&#233; sur la toile et dans les m&#233;dias &#224; un d&#233;chainement des philosophes, des penseurs, des chercheurs, des historiens&#8230; qui ont cherch&#233; par des mots parfois simples, parfois r&#233;volt&#233;s, parfois agac&#233;s, parfois p&#233;dagogiques, les moyens de transmettre une r&#233;flexion en faisant appel &#224; l'histoire, &#224; la sociologie, mais aussi &#224; leur propre exp&#233;rience&#8230; Et en fin de compte, on a pu voir que la soci&#233;t&#233; civile entendait bien ne pas se laisser faire, ne pas se laisser emprisonner par un gouvernement, certes d&#233;mocratiquement &#233;lu, mais qui aurait l'ambition de vouloir nous imposer une identit&#233; &#233;triqu&#233;e. Des mots ont surgi, t&#233;moignant d'une France plurielle et fi&#232;re de l'&#234;tre. L'&#233;ditorial d'un grand journaliste fran&#231;ais et observateur de notre soci&#233;t&#233;, Jean Daniel, note combien &#171; &#8239;ce vif d&#233;sir d'&#234;tre fran&#231;ais&#8239; &#187;, passe par l'apprentissage de la langue fran&#231;aise et l'&#171; &#8239;arrachage&#8239; &#187; &#224; tout communautarisme. On ne peut comprendre cette id&#233;e sans la replacer dans l'histoire fran&#231;aise. Le livre de Mona Ozouf Composition fran&#231;aise est arriv&#233; &#224; point nomm&#233;, et rappelle comment la r&#233;volution fran&#231;aise a accouch&#233; de deux id&#233;es&#8239; : la premi&#232;re appelant &#224; l'unit&#233; au prix du sacrifice des particularismes, ce qui a laiss&#233; des traces profondes non seulement dans le &#171; &#8239;surmoi&#8239; &#187; jacobin qui est comme un trait distinctif fran&#231;ais mais aussi une fa&#231;on in&#233;vitable pour les migrants de s'attacher &#224; la France, par un &#171; &#8239;arrachement &#224; soi, &#224; son origine g&#233;ographique, communautaire et raciale&#8239; &#187; (selon les mots de Jean Daniel). La deuxi&#232;me id&#233;e est ce qu'elle nomme judicieusement &#171; &#8239;composition fran&#231;aise&#8239; &#187;, l'articulation du local et du national. Mais la langue fran&#231;aise a toujours connu une place h&#233;g&#233;monique&#8239; : langue et histoire nationale sont dans un rapport de consubstantialit&#233;. Sans elle, pas de communication possible, pas d'&#233;l&#233;vation de l'esprit&#8239; ! Alors bien s&#251;r, il est indispensable d'inciter les nouveaux arrivants &#224; apprendre le fran&#231;ais (encore faut-il leur en donner les moyens&#8230;). Rappelons toutefois que l'id&#233;e que notre langue est porteuse d'universel, a conduit &#224; des exc&#232;s dont il faudra raisonnablement commencer la critique&#8239; : l'obligation &#224; la marginalit&#233; de langues locales comme le breton (Moal 2009) qui est pourtant une langue vivante, habit&#233;e par des personnes qui n'ont pas leur g&#233;n&#233;alogie en Bretagne. Autre exc&#232;s, le non-respect des langues &#171; &#8239;import&#233;es&#8239; &#187; par nos populations migrantes. Au nom d'une logique n&#233;e de la R&#233;volution, confort&#233;e dans la colonisation, reconduite aupr&#232;s des populations migrantes et des populations d'outremer, nous avons continu&#233; &#224; m&#233;priser la langue de l'autre. Alors quel en est le r&#233;sultat&#8239; ? L'&#233;chec scolaire notamment, signe d'une impasse qui ne viendrait pas seulement de la distorsion sociale source d'in&#233;galit&#233;s (ce que d&#233;nonce le sociologue Fran&#231;ois Dubet), mais de l'impossibilit&#233; de penser la diversit&#233; &#224; travers notamment l'exp&#233;rience que vivent les populations migrantes et leurs enfants ainsi que les populations ultramarines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors nous faisons une nouvelle proposition pour une r&#233;publique multiculturelle&#8239; : faisons du bilinguisme une source d'enrichissement de cr&#233;ativit&#233; qui entrainerait, non pas le recul de la langue fran&#231;aise, la flamb&#233;e du communautarisme, mais un pays fier de son histoire et de sa langue fran&#231;aise, f&#233;cond&#233;es par l'apport linguistique des populations qui ne seraient plus en marge, comme source de probl&#232;mes, mais au contraire, au centre d'un renouv&#232;lement possible, d'une relativit&#233; de soi, source de nouveaut&#233;&#8239; ! Par ailleurs, toutes les &#233;tudes montrent qu'on parle d'autant mieux le fran&#231;ais qu'on a une repr&#233;sentation positive de sa langue maternelle (Moro 2010). Et enfin, on sait aussi combien la reconnaissance des parcours langagiers des enfants contribue &#224; diminuer l'&#233;chec scolaire de tous ceux qui pourraient avoir une mauvaise estime de soi du fait de cette diff&#233;rence non valoris&#233;e, du fait tout simplement de la hi&#233;rarchie des langues encore en vigueur dans notre R&#233;publique. Car il y a
d'autres fa&#231;ons d'&#234;tre Fran&#231;ais que par &#171; &#8239;arrachage et monoglottisme&#8239; &#187;, les enfants de migrants nous le prouvent. Les chercheurs, les politiques et les &#233;crivains d'outremer aussi. Dans un Appel pour une r&#233;publique multi
culturelle et post-raciale [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Thuram L, Durpaire F, Diallo R et al. Appel pour une r&#233;publique (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;], &#233;crit &#224; l'initiative de chercheurs, personnalit&#233;s connues et de politiques, certaines propositions rejoignent notre v&#339;u&#8239; : celle de Madame Taubira, femme politique d&#233;put&#233;e de Guyane, qui souhaite une politique culturelle &#171; &#8239;exigeant un effort d'&#201;tat &#224; la mesure de la r&#233;paration due &#224; ces cultures, ces peuples, ces sujets puis citoyens, sortis de l'asservissement sans rancune et presque sans ranc&#339;ur, qui ont apprivois&#233; leur ressentiment dans l'autod&#233;rision, consacr&#233; leur g&#233;nie &#224; pourvoir l'humanit&#233; en langues, en religions, en m&#233;decines du corps et de l'&#226;me, en mani&#232;res de prendre &#224; la nature et de lui rendre&#8239; &#187;&#8239; ; ou bien celle de Fran&#231;oise Verg&#232;s, chercheure en sciences politiques, pour qui &#171; &#8239;valoriser la culture immat&#233;rielle qui vit dans les rites, les pratiques, les chants, les langues, &#171; &#8239;qui habitent les gens plus que les pierres&#8239; &#187;, c'est participer &#224; l'&#233;laboration d'un vivre ensemble qui n'exclut pas les cr&#233;ations et les expressions des &#171; &#8239;anonymes&#8239; &#187;, de &#171; &#8239;ceux sans qui la terre ne serait pas la terre&#8239; &#187;, pour reprendre les mots d'Aim&#233; C&#233;saire&#8239; ; d'autres ont propos&#233; de valoriser la langue cr&#233;ole &#224; l'&#233;cole de la maternelle jusqu'au bac. Pour nous les ressources de la langue fran&#231;aise doivent &#234;tre disponibles &#224; tous, ressources et pas valeurs comme le propose Jullien (2010) de m&#234;me que celles des langues de tous ceux qui constituent la France, c'est cette proposition que nous faisons pour que la langue fran&#231;aise ne soit pas une prison mais un vivier de possibles qui se laisse affecter par les langues de tous ceux qui la partagent. Car accepter les langues maternelles, c'est un gage de reconnaissance de chacun, de son histoire, de sa place et donc la meilleure fa&#231;on de nourrir le d&#233;sir de langue fran&#231;aise de ceux qui la d&#233;couvrent comme langue seconde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais au-del&#224; de la reconnaissance du g&#233;nie des autres, promouvoir le bilinguisme c'est reconna&#238;tre que les situations de rencontres avec la soci&#233;t&#233; d'accueil, entre les mondes domestiques et les mondes publiques, peuvent &#234;tre source d'une cr&#233;ativit&#233; insoup&#231;onn&#233;e qui d&#233;senclave les enfants, les adolescents, et ainsi leurs parents migrants d'une position de repli et de retirement, et annonce des d&#233;couvertes et des ouvertures pour tous les autres. Seule cette politique linguistique serait selon les mots d'Achille Mbembe repris dans Durpaire (2006) apte &#224; &#171; &#8239;proposer au monde une politique de l'humain conforme &#224; la promesse inscrite dans sa propre devise&#8239; &#187;, ces belles &#233;galit&#233; et fraternit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Durpaire F. France blanche, col&#232;re noire. Paris&#8239; : Odile Jacob&#8239; ; 2006.
Jullien F. Le pont des singes. De la diversit&#233; &#224; devenir. F&#233;condit&#233; culturelle face &#224; identit&#233; nationale. Paris&#8239; : Galil&#233;e&#8239; ; 2010.
Moal S. Des &#233;coles bilingues breton-fran&#231;ais&#8239; ? Oui. Breto-centriques&#8239; : non&#8239; ! L'autre, Cliniques, Cultures et Soci&#233;t&#233;s 2009&#8239; ; 10(3) : 350-351.
Moro MR. Nos enfants, demain. Pour une soci&#233;t&#233; multiculturelle. Paris&#8239; : Odile Jacob&#8239; ; 2010.
Ozouf M. Composition fran&#231;aise. Paris&#8239; : Gallimard ; 2009.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-1' id='nb2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Thuram L, Durpaire F, Diallo R et al. Appel pour une r&#233;publique multiculturelle et postraciale, suivi des 100 propositions pluricitoyennes. En suppl&#233;ment au num&#233;ro de janvier 2010 de &lt;i&gt;Respect Mag&lt;/i&gt;&#8239; !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revuelautre.com/L-autre-2010-Vol-11-no2.html&quot; class='spip_in'&gt;L'autre 2010, Vol. 11, n&#176;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Urgence, traumatisme et adoption : quel devenir pour les enfants d'Ha&#239;ti ?</title>
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		<description>6h du matin. Dans l'a&#233;roport d'Orly des enfants arrivent, et pour la majorit&#233; (70%) ils ont moins de trois ans. 7, 30, 40, 61 enfants selon les vols sont ainsi d&#233;barqu&#233;s en France depuis le tremblement de terre d'Ha&#239;ti. Ils sont hagards, prostr&#233;s, tenus dans les bras de secouristes tout aussi boulevers&#233;s et silencieux face &#224; des enfants qui ne r&#233;agissent pas, qui ne r&#233;agissent plus. Sont-ils toujours vivants, psychiquement ? Sont-ils encore des enfants ou sont-ils devenus des troph&#233;es acquis sur la (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_50 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;width:161px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revuelautre.com/IMG/jpg/Haiti_avion_JPEG.jpg&quot; title='JPEG - 43.4 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;&lt;img src='http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L161xH110/Haiti_avion_JPEG-542c1-1bed8.jpg' width='161' height='110' alt='JPEG - 43.4 ko' style='height:110px;width:161px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;6h du matin. Dans l'a&#233;roport d'Orly des enfants arrivent, et pour la majorit&#233; (70%) ils ont moins de trois ans. 7, 30, 40, 61 enfants selon les vols sont ainsi d&#233;barqu&#233;s en France depuis le tremblement de terre d'Ha&#239;ti. Ils sont hagards, prostr&#233;s, tenus dans les bras de secouristes tout aussi boulevers&#233;s et silencieux face &#224; des enfants qui ne r&#233;agissent pas, qui ne r&#233;agissent plus. Sont-ils toujours vivants, psychiquement ? Sont-ils encore des enfants ou sont-ils devenus des troph&#233;es acquis sur la sc&#232;ne bienpensante du sauvetage d'enfants, photographi&#233;s sous tous les angles pour servir de faire valoir aux campagnes de collecte de fonds de multiples associations ?&lt;br&gt;
Ces enfants, ces touts petits, ces b&#233;b&#233;s m&#234;me, ont v&#233;cu un &#233;v&#233;nement traumatique majeur. Il ne s'agit pas tant du tremblement de terre que des cons&#233;quences n&#233;fastes de celui-ci sur leur vie et leurs rep&#232;res. En quelques heures ils ont &#233;t&#233; dans le chaos total d'un tremblement de terre, avec des adultes perdus, submerg&#233;s de peine, de d&#233;sespoir et d'impuissance. Certains enfants sont morts, d'autres disparus, d'autres bless&#233;s, d'autres ont err&#233; seuls pendant des heures, d'autres abandonn&#233;s par des responsables d'orphelinat partis se mettre &#224; l'abri, d'autres regroup&#233;s &#224; l'abri d&#232;s que possible. Dans cette atmosph&#232;re insoutenable de fin du monde ces enfants ont exp&#233;riment&#233; l'autre monde : celui de la mort, de l'effroi, de l'incompr&#233;hension totale face &#224; ce qui leur arrive, de l'an&#233;antissement, de l'incapacit&#233; des adultes &#224; prendre soin d'eux, de l'infini sentiment d'&#234;tre seuls au monde. Ils ont sentis, vus, per&#231;us, entendus tant d'horreurs que le d&#233;sastre est venu s'inscrire dans leur histoire.&lt;br&gt;
Ces enfants se trouvent en situation de deuil traumatique non seulement parce qu'ils ont &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; un risque de mort imminente mais surtout par ces multiples pertes qu'ils ont d&#251; subir en quelques jours : perte de leurs figures d'attachement, de leurs rep&#232;res et comme cela n'&#233;tait pas suffisant perte de leurs racines, de leurs habitudes. Ils sont projet&#233;s d'un monde &#224; l'autre : de la chaleur d'Ha&#239;ti au froid parisien, de la mis&#232;re au gavage de petits lu &#224; l'a&#233;roport, du short et bras nus, au pantalon et blouson qui enserrent, d'un monde de noirs &#224; une multitude de blancs, d'une vie de groupe &#224; une prise en charge individuelle o&#249; de multiples adultes se pr&#233;cipitent autour d'eux, du cr&#233;ole ha&#239;tien &#224; une langue bien &#233;trang&#232;re que de nombreux enfants ne comprennent pas, etc..&lt;br&gt;
Ce n'est pas tant la catastrophe de ce tremblement de terre que la mani&#232;re dont ses cons&#233;quences seront trait&#233;es qui risqueront de faire une trace traumatique durable dans l'histoire de ces enfants.&lt;br&gt;
Le traumatisme, les ruptures, les pertes des figures d'attachement, sont des exp&#233;riences d&#233;j&#224; malheureusement &#233;prouv&#233;es par ces enfants m&#234;me &#224; l'aube de leur vie d'adultes. Dans un pays o&#249; la mis&#232;re et la violence de rue sont le quotidien de nombreuses familles, un grand nombre d'enfants en attente dans les orphelinats ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; expos&#233;s &#224; ces contextes traumatiques. Ce qu'ils viennent de vivre se surajoutent tout en r&#233;activant ces traumas ant&#233;rieurs. L'adoption n'annulera pas la dette traumatique&#8230;. m&#234;me avec un amour infini des parents adoptants.&lt;br&gt;
Nous savons combien la souffrance psychique et l'impact du traumatisme chez les enfants et surtout chez les tout petits est trop souvent banalis&#233;e voire d&#233;ni&#233;e et ce, d'autant plus facilement que ces petits d'homme ne sont pas en capacit&#233; de se plaindre comme le feraient les plus grands (Baubet &amp; Moro, 2003, 2004). Le risque est alors d'esp&#233;rer par un processus archa&#239;que de pens&#233;e magique que l'&#233;vacuation pr&#233;cipit&#233;e en France et l'adoption acc&#233;l&#233;r&#233;e effaceraient tout ce cauchemar. Mais le trauma ne s'oublie pas, il s'inscrit dans la m&#233;moire et dans les vies de ceux qui le subissent m&#234;me de tous petits b&#233;b&#233;s. D&#233;nier les traces psychiques du trauma c'est annuler toute l'histoire de ces enfants et s'illusionner sur le fait qu'ils ne seraient en capacit&#233; de s'inscrire dans un r&#233;cit de vie qu'&#224; partir du moment o&#249; leur pass&#233; traumatique aurait &#233;t&#233; oubli&#233;.&lt;br&gt;
Ne pas entendre la d&#233;tresse de ces enfants, ne pas voir et comprendre la souffrance psychique qu'ils manifestent, se traduit par ces commentaires d&#232;s leur arriv&#233;e d'avion : &#171; leur &#233;tat serait li&#233; &#224; la fatigue, au d&#233;calage horaire, au manque de sommeil &#187;&#8230;ne pas voir les traces du trauma est une fa&#231;on de s'en prot&#233;ger en l'annulant&#8230;mais s'en prot&#233;ger en tant qu'adulte, n'en pr&#233;serve en rien les enfants d&#233;j&#224; bless&#233;s ; cela risque au contraire de les condamner &#224; ne pas se plaindre. Il ne s'agit plus d'un miroir bris&#233; (Simone Korff Sauss, 1996) mais d'un &#171; miroir sans tain &#187;. Les miroirs sans tain sont ces miroirs semi-r&#233;fl&#233;chissants dont la particularit&#233; est de ne r&#233;fl&#233;chir qu'une partie de la lumi&#232;re re&#231;ue et de laisser passer l'autre partie, dans le vide. C'est bien &#224; cela que se trouvent contraints ces enfants, comme tant d'enfants victimes condamn&#233;s au silence de leur maux : ne laisser r&#233;fl&#233;chir que ce qui ne risquera pas de heurter l'Autre et s'amputer de tout le reste&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'avons-nous constat&#233; &#224; Orly au plus pr&#232;s de l'&#233;vacuation ? Des enfants &#233;puis&#233;s certes, carenc&#233;s, avec de nombreux retards de d&#233;veloppement et des probl&#232;mes m&#233;dicaux multiples. Mais aussi et pour la tr&#232;s grande majorit&#233; des enfants profond&#233;ment bless&#233;s psychiquement avec de graves troubles psychotraumatiques : prostration, hypervigilance, hypersomnie, troubles de l'attachement (accrochage exclusif &#224; l'adulte r&#233;f&#233;rent et absence d'exploration de l'environnement ou attitude de retrait, d'&#233;vitement et de rejet des adultes (intervenants, parents), regard vide, tristesse et d&#233;sespoir infinis. Dans un tel contexte il est bien difficile de savoir ce qui est li&#233; aux traumas ant&#233;rieurs et ce qui serait sp&#233;cifique des &#233;v&#233;nements v&#233;cus depuis le s&#233;isme. Nous ne pouvons, actuellement, qu'&#234;tre prudents quant &#224; la recherche d'une causalit&#233; parfaitement d&#233;finie.&lt;br&gt;
Dans l'attente de ces enfants il y a des parents qui sont &#224; des niveaux d'&#233;laboration de leur parentalit&#233; bien diff&#233;rents : de rares parents ont d&#233;j&#224; rencontr&#233; leur enfant (12%), la majorit&#233; ne les connaissent qu'en photos (63%) et certains ont juste un pr&#233;nom mais pas m&#234;me une photo (25%). Il y a aussi des fr&#232;res et de s&#339;urs boulevers&#233;s dans leur rapport &#224; cet enfant venu d'ailleurs et pour certains dans des &#233;tats de r&#233;activation traumatique de leur propre histoire d'enfants adopt&#233;s.&lt;br&gt;
Ces familles ont v&#233;cu depuis le s&#233;isme dans un climat d'ins&#233;curit&#233; et d'angoisse majeure quand &#224; ce qui pouvait &#234;tre advenu &#224; leur enfant. Certains parents sont rest&#233;s plusieurs jours sans nouvelle de leur enfant avec une repr&#233;sentation d'enfant donn&#233; pour mort, envahissant leur pens&#233;e et leur relation &#224; leur enfant m&#234;me apr&#232;s son arriv&#233;e. D'autres sont rest&#233;s accroch&#233;s aux images terrifiantes des actualit&#233;s. Certains sont soutenus par des OAA, d'autres inscrits dans des associations, d'autres totalement isol&#233;s. Tous sont dans un &#233;tat de fatigue extr&#234;me et manquent de la disponibilit&#233; psychique et l'&#233;nergie n&#233;cessaire pour prendre en charge dans de bonnes conditions leur enfant. Plusieurs parents ont manifest&#233; de forts sentiments de culpabilit&#233; d'avoir leur enfant alors que tant d'autres sont morts.&lt;br&gt;
Le tremblement de terre et l'arriv&#233;e pr&#233;cipit&#233;e de leur enfant ont court-circuit&#233; leur d&#233;marche d'adoption et boulevers&#233; tout ce qu'ils avaient imagin&#233;. La majorit&#233; des parents manifestent une ambivalence li&#233;e &#224; leur soulagement d'avoir retrouv&#233; leur enfant mais soulagement mis &#224; mal par ce sentiment d'avoir &#233;t&#233; d&#233;poss&#233;d&#233; de la rencontre avec leur enfant et de ne pas pouvoir l'accueillir comme ils l'auraient souhait&#233; : le temps de plusieurs semaines pr&#233;vu habituellement pour la rencontre en Ha&#239;ti est r&#233;duit &#224; quelques heures dans un a&#233;roport. &#171; On m'a vol&#233; mon adoption &#187; ; &#171; c'est trop t&#244;t je n'ai pas eu le temps de me pr&#233;parer, il y a trop de chose &#224; faire &#187; ; &#171; jamais je n'aurai imagin&#233; une rencontre comme &#231;a &#187; &#171; &#231;a a tout g&#226;ch&#233; &#187;&#8230;. Compte tenu des circonstances de crise li&#233;e au s&#233;isme, aller sur place &#171; chercher &#187; leur enfant n'a pas &#233;t&#233; possible. L'ordre symbolique de la rencontre s'est trouv&#233; boulevers&#233; car c'est leur enfant qui est venu &#224; eux.&lt;br&gt;
Comme les enfants ha&#239;tiens sont endeuill&#233;s, les parents adoptant sont &#233;galement en situation de deuil : perte de leurs rep&#232;res quand &#224; leur d&#233;marche d'adoption, perte de leurs rep&#232;res par rapport &#224; cet enfant de la r&#233;alit&#233; qui vient se pr&#233;cipiter avec l'enfant imaginaire encore si pr&#233;sent. Et l&#224; aussi comme pour les enfants, il y a des parcours de vie pour certains parents marqu&#233;s par des &#233;preuves douloureuses voir traumatiques pour devenir parents (ex. multiples fausses couches ; &#233;chec des FIV).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un tel contexte comment penser la rencontre entre cet enfant et ces familles ? Comment permettre qu'en quelques heures dans un a&#233;roport aux conditions d'accueil pr&#233;caires, que tout ce processus de construction autour de cette nouvelle filiation puisse s'initier ? Comment ne pas craindre les effets de d&#233;culturation et de d&#233;saffiliation si aucune &#233;tape n'est pr&#233;vue avec du temps pour que chacun, enfant et parents, aille l'un vers l'autre ? Comment apaiser la col&#232;re des parents en attente, demandant &#224; tout prix la venue de ces petits ha&#239;tiens ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A Orly les parents qui id&#233;alisaient ces retrouvailles, r&#233;alisent vite que ce temps de rencontre ne sera pas celui r&#234;v&#233;. Les enfants sont distants, certains apeur&#233;s, d'autres hurlent de d&#233;sespoir sans que rien ne puissent les apaiser, d'autres rejettent, repoussent de tout ce qui leur reste comme petite force pour ne pas &#234;tre approch&#233;s. Rares sont ceux qui acceptent ce premier contact et ceux pour lesquels la rencontre se passent sereinement sont ceux qui connaissaient &#171; dans la r&#233;alit&#233; &#187; cet enfant. Pour les autres le d&#233;calage est souvent violent, ils s'imaginaient avec un enfant de 4 ans ils ont un petit gabarit de 2 ans. Ils s'imaginaient avec un enfant enthousiaste pr&#234;t &#224; supporter tous les c&#226;lins, bisous et pr&#233;sents apport&#233;s, ils doivent affronter un enfant totalement &#233;tranger &#224; leurs attentes. De retour chez eux, nombreux sont les parents qui t&#233;moignent de leur infini d&#233;sarroi face aux manifestations de leur enfant : les cauchemars, l'hypersomnie, les crises clastiques o&#249; leur enfant se met subitement &#224; les rejeter, les yeux dans le vide et hurlant de d&#233;sespoir sans que rien ne les calme&#8230;. Comment ces parents vont-ils parvenir &#224; supporter les manifestations traumatiques de ces enfants ? Nous savons combien les risques de rejet, de maltraitance, de nouvel abandon sont grands lors qu'un gouffre s'immisce entre l'enfant de la r&#233;alit&#233; et l'enfant des r&#234;ves, comment ne pas craindre que la souffrance des liens (avec les parents comme aupr&#232;s des fratries) ne conduise pas &#224; de tels dangers ?&lt;br&gt;
Les cons&#233;quences traumatog&#232;nes dans un tel contexte (pass&#233; traumatique, s&#233;isme, cons&#233;quence du tremblement de terre, adoption pr&#233;cipit&#233;e) d&#233;pendront de ce qui pourra leur en &#234;tre dit, de ce qui pourra &#234;tre mis en place pour r&#233;assurer au plus t&#244;t ces enfants et leur permettre d'int&#233;grer ces multiples ruptures subies. Dans cette perspective, la pr&#233;sence de professionnels charg&#233;s de soins m&#233;dicopsychologiques d'urgence et de soins p&#233;diatriques au plus pr&#232;s de la rencontre entre cet enfant et ses parents, nous semble pertinente et indispensable (Romano, 2006). Depuis 2004 la France met en place des dispositifs d'accueil aeroportuaire m&#233;dico-psychologique a&#233;roportuaire d&#232;s l'arriv&#233;e des personnes impliqu&#233;s dans un &#233;v&#233;nement traumatique (conflits ivoiriens, tchadien, libanais et tsunami asiatique). Si l'accueil d'enfants adopt&#233;s est in&#233;dit, ce dispositif a &#233;t&#233; pens&#233; en r&#233;f&#233;rence &#224; toute l'exp&#233;rience acquise par les Cellules d'Urgence M&#233;dico-psychologique (Baubet, 2006). Un tel dispositif a permis :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; un rep&#233;rage des troubles manifest&#233;s par les enfants comme par les parents et limite la banalisation et le d&#233;ni souvent formul&#233;s &#224; l'&#233;gard des r&#233;percussions traumatiques sur les plus jeunes ;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; de soutenir les parents face &#224; la d&#233;tresse ressentie lorsque leur enfant ne r&#233;agit pas comme ils se l'&#233;taient imagin&#233; ;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; de ne pas laisser seul, l'enfant lorsque sa d&#233;tresse est telle que ses parents ne savent pas comment intervenir pour l'apaiser et &#233;tablir une relation
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; de pr&#233;venir des troubles de l'attachement (conseils aux parents, communication aupr&#232;s de l'enfant, informations sur les lieux possibles de prise en charge)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans ce lien et ce relais d'urgence m&#233;dico-psychologique les enfants seraient confi&#233;s d'embl&#233;e d&#232;s la sortie d'avion aux parents&#8230;&lt;br&gt;
Mais un tel dispositif ne peut pas tout ; il n'est qu'une premi&#232;re &#233;tape dans le &#171; maillage &#187; &#224; mettre en place autour de l'enfant et de ses parents ; pour cet enfant et ses parents. &lt;br&gt;
Les questions &#233;thiques sont multiples et le sentiment d'impuissance est grand face &#224; certaines situations : ce couple pr&#233;sentant des troubles psychiatriques ; ces b&#233;b&#233;s endormis depuis des heures (hypersomnie r&#233;actionnelle) qui partent avec des parents qu'ils ne connaissent pas ; ces couples qui doutent et ne sont plus trop s&#251;rs de leur projet tant le d&#233;calage est grand avec ce qu'ils avaient imagin&#233; ; ce parent qui adopte seul et qui se met &#224; crier sur son petit gar&#231;on de 19 mois qu'il ne parvient pas &#224; maintenir dans ses bras ; ces parents pr&#233;occup&#233;s avant m&#234;me toute rencontre du risque d'attraper la gale ; ces parents press&#233;s de changer d&#232;s la rencontre le pr&#233;nom de leur enfant &#8230;. Ces situations ont &#233;t&#233; rep&#233;r&#233;es mais avec pour seule perspective le relais assur&#233; par les conseils g&#233;n&#233;raux et les COCA (consultation sp&#233;cialis&#233;e d'adoption) et noter inqui&#233;tude sur le fait qu'il soit peu probable que ces parents-l&#224; sollicitent de l'aide et le soutien des services sp&#233;cialis&#233;es : par crainte, par g&#234;ne, par culpabilit&#233;, par certitudes d'&#234;tre dans le juste&#8230;&lt;br&gt;
Mais il y a aussi des moments magiques de rencontres, des parents qui ont compris l'importance de mettre des mots sur l'histoire de leur enfant et qui d&#232;s les premiers instants prennent le temps de se poser, de lui parler, de l'accepter avec son histoire, avec ce pass&#233; aussi traumatique soit-il. Des moments purs, de vraies rencontres, o&#249; l'adulte se met &#224; hauteur de cet enfant devenu le sien, avec une infinie patience et une attention constante. Ces parents ne sont pas ceux qui nous inqui&#232;tent ; ils ont d'ailleurs d&#233;j&#224; rappel&#233; pour des conseils pratiques, faire part de leurs inqui&#233;tudes ; solliciter des demandes d'adresses pour leur enfant mais aussi pour eux, pour les aider &#224; s'ajuster aux besoins si sp&#233;cifiques de leur petit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est 22h47 ce 30 janvier. D&#233;j&#224; 148 enfants rapatri&#233;s. Demain lever &#224; 4h pour assurer avec de nombreux coll&#232;gues &#224; Orly l'accueil de 43 nouveaux petits ha&#239;tiens&#8230;&lt;br&gt;
R&#234;vons d'un demain o&#249; un temps sera donn&#233; aux enfants pour r&#233;cup&#233;rer physiquement, psychiquement avant leur arriv&#233;e en France ;&lt;br&gt;
R&#234;vons d'un espace o&#249; les parents pourront aller &#224; la rencontre de leur enfant et prendre le temps n&#233;cessaire pour se d&#233;couvrir et construire ce premier temps de la rencontre ;&lt;br&gt;
R&#234;vons d'un v&#233;ritable accompagnement, pass&#233; l'urgence, pour soutenir tous ces enfants et leurs parents de retour chez eux ;&lt;br&gt;
R&#234;vons d'une prise de conscience de tous ces parents en attente pour qu'ils r&#233;alisent combien ces rapatriements et processus d'adoption pr&#233;cipit&#233;s hypoth&#232;quent durablement non seulement le devenir de leur enfant, mais aussi celui de leur devenir parent et du devenir de leur famille ;&lt;br&gt;
R&#234;vons d'un monde o&#249; ce ne sera plus &#224; l'enfant de s'ajuster aux exigences d'adultes mais o&#249; les adultes se mettront &#224; hauteur de chaque enfant, respectueux de son histoire, de ses besoins, de ses possibles comme de ses limites ;&lt;br&gt;
R&#234;vons d'un monde o&#249; le droit &lt;i&gt;&#224;&lt;/i&gt; l'enfant ne risquera pas de primer sur le droit &lt;i&gt;des&lt;/i&gt; enfants ;&lt;br&gt;
R&#234;vons d'un monde o&#249; les cons&#233;quences traumatiques chez les enfants et les b&#233;b&#233;s ne seront plus minimis&#233;es ;&lt;br&gt;
R&#234;vons d'un monde o&#249; la spectacularisation de la d&#233;tresse et de l'horreur laissera place &#224; une attention humanisante et respectueuse des victimes en tant que sujets de leur histoire et non objets de reportages ;&lt;br&gt;
R&#234;vons d'un temps o&#249; l'expression &#171; droits de l'enfant &#187; ne sera pas que le titre de colloques et de dates anniversaire mais une r&#233;alit&#233;, LA r&#233;alit&#233; pour tous ces enfants, petits et grands, d'ici et d'ailleurs ;&lt;br&gt;
J'ai un dernier r&#234;ve : celui o&#249; du cauchemar et du chaos, se d&#233;gagera la promesse de devenir pour ces enfants meurtris par le trauma, avec l'aide et le soutien infiniment bientraitant d'adultes conscients de leurs responsabilit&#233;s, pour permettre &#224; chacun de continuer d'&#234;tre psychiquement vivant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;H&#233;l&#232;ne Romano - 2010&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;H&#233;l&#232;ne Romano&lt;/strong&gt; est psychologue clinicienne et docteur en psychologie. Elle est la psychologue r&#233;f&#233;rente de la Cellule d'Urgence M&#233;dico-Psychologique du SAMU 94, charg&#233;e de la coordination des soins m&#233;dico-psychologiques d'urgence &#224; Orly aupr&#232;s des enfants adopt&#233;s d'Ha&#239;ti. Sur Roissy, cette coordination est assur&#233;e par le Dr Thierry Baubet, CUMP-SAMU 93.&lt;br&gt;
Derniers ouvrages parus : &lt;i&gt;Enfants maltrait&#233;s - Descriptions cliniques, &#233;valuation et prise en charge&lt;/i&gt;. Paris : Fabert ; 2009.&lt;br&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.revuelautre.com/Dis-c-est-comment-quand-on-est.html&quot; class='spip_in'&gt;&lt;i&gt;Dis c'est comment quand on est mort ? Accompagner l'enfant sur le chemin du chagrin&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Grenoble : La Pens&#233;e Sauvage ; 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CUMP 94 &#8211; SAMU/SMUR 94, H&#244;pital Henri Mondor, 51 avenue du Mar&#233;chal de Lattre de Tassigny, 94000 Cr&#233;teil. E-mail : helene.romano@hmn.aphp.fr&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Baubet T., Le Roch K., Bitar D., Moro M.R., &lt;a href=&quot;http://www.revuelautre.com/Soigner-malgre-tout-Tome-1.html&quot; class='spip_in'&gt;&lt;i&gt;Soigner malgr&#233; tout&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Grenoble : La pens&#233;e sauvage, 2003.&lt;br&gt;
Baubet T., Taieb O., Pradere J., Moro M. et coll. Traumatismes psychiques dans la premi&#232;re enfance. S&#233;miologie, diagnostic et traitements. Encyl. Med. Chir. Paris : Elsevier ; 2004 : 37-200-B-06&lt;br&gt;
Baubet T., Rezzoug D., Bon A., Ferradji T., Mehallell S., Romano H., &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt; Accueil a&#233;roportuaire de rescap&#233;s en grand nombre. Stress et Trauma ; 2006, 6 (3) : 179-186.&lt;br&gt;
Korff-Sausse S. Le miroir bris&#233;. L'enfant handicap&#233;, sa famille et le psychanalyste. Paris : Calmann-Levy, 1996.&lt;br&gt;
Romano H. Prise en charge des enfants et des adolescents victimes d'&#233;v&#233;nements traumatiques. Stress et Trauma ; 2006, 6 (4) : 239-246&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item>
		<title>M&#233;moire de l'esclavage</title>
		<link>http://www.revuelautre.com/Memoire-de-l-esclavage.html</link>
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		<dc:date>2010-02-03T11:41:00Z</dc:date>
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<category domain="http://www.revuelautre.com/-Editorial,1-.html">Editorial</category>

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		<dc:subject>FERRADJI T.</dc:subject>
		<dc:subject>MESTRE C.</dc:subject>

		<description>Bordeaux a &#233;t&#233; choisie pour &#234;tre la ville de la comm&#233;moration nationale officielle de l'esclavage, de la traite n&#233;gri&#232;re et de leur abolition. Le dimanche 10 mai 2009, Alain Jupp&#233;, maire de Bordeaux, et le repr&#233;sentant de l'&#201;tat fran&#231;ais en la personne de Madame Alliot-Marie ont inaugur&#233; un nouvel espace permanent au Mus&#233;e d'Aquitaine, d&#233;di&#233; au pass&#233; de Bordeaux li&#233; &#224; la traite n&#233;gri&#232;re. Bordeaux &#171; l'oublieuse &#187; (Diallo 2009) aura donc r&#233;pondu &#224; l'appel des associations qui depuis dix ans ont bataill&#233; pour que (...)

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&lt;a href="http://www.revuelautre.com/-Editorial,1-.html" rel="directory"&gt;Editorial&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revuelautre.com/+-editorial-+.html" rel="tag"&gt;editorial&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revuelautre.com/+-FERRADJI-T-+.html" rel="tag"&gt;FERRADJI T.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revuelautre.com/+-MESTRE-C-+.html" rel="tag"&gt;MESTRE C.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Bordeaux a &#233;t&#233; choisie pour &#234;tre la ville de la comm&#233;moration nationale officielle de l'esclavage, de la traite n&#233;gri&#232;re et de leur abolition. Le dimanche 10 mai 2009, Alain Jupp&#233;, maire de Bordeaux, et le repr&#233;sentant de l'&#201;tat fran&#231;ais en la personne de Madame Alliot-Marie ont inaugur&#233; un nouvel espace permanent au Mus&#233;e d'Aquitaine, d&#233;di&#233; au pass&#233; de Bordeaux li&#233; &#224; la traite n&#233;gri&#232;re. Bordeaux &#171; l'oublieuse &#187; (Diallo 2009) aura donc r&#233;pondu &#224; l'appel des associations qui depuis dix ans ont bataill&#233; pour que cette m&#233;moire soit reconnue. Cette bataille n'a pas &#233;t&#233; sans douleur, ni sans rebondissement&#8230; Mais il importe d&#233;sormais d'observer comment Bordeaux se r&#233;accapare l'histoire et quels sont les enjeux qui demeurent. D&#232;s l'inauguration, certaines personnalit&#233;s se sont &#233;tonn&#233;es de l'absence de prise de parole des personnalit&#233;s qui ont jalonn&#233; ce parcours et accompagn&#233; ce combat, celle de Christiane Taubira notamment. Ensuite, on a murmur&#233; que les voix associatives n'avaient pas &#233;t&#233; invit&#233;es &#224; s'exprimer&#8230; Point de &#171; minorit&#233;s visibles &#187; ainsi dans les discours officiels pour ce grand moment, ni d'&#233;changes &#171; transculturels &#187;. Il ne s'agit pas &#224; proprement parler de volont&#233; de discrimination mais bien plut&#244;t d'une configuration qui refl&#232;te les enjeux qui demeurent et les confrontations qui persistent. &lt;br&gt;
Ainsi dans le &lt;i&gt;Bordeaux magazine&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='footnote' title='N&#176;364, mai 2009' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;], magazine d'information de la mairie de Bordeaux consacr&#233; &#224; cet &#233;v&#233;nement, on rel&#232;ve la volont&#233; ind&#233;fectible d'Alain Jupp&#233; de s'inscrire dans une politique de &#171; juste m&#233;moire &#187; et pourtant de ne citer que les protagonistes officiels qui l'ont accompagn&#233;, comme Denis Tillinac [&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='footnote' title='&#201;crivain, ayant &#224; la demande de la Mairie de Bordeaux, remis un rapport en (...)' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;], sans jamais citer les associations qui l'ont contraint &#224; cet engagement. Le &#171; nous &#187; arbor&#233; dans cette tribune ne rassemble donc pas toutes les forces politiques et citoyennes. &lt;i&gt;Afriscope&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb3-3' class='spip_note' rel='footnote' title='N&#176;11, mai-juin-juillet 2009' id='nh3-3'&gt;3&lt;/a&gt;], consacr&#233; &#233;galement &#224; cet &#233;v&#233;nement r&#233;tablit fort heureusement la part active du travail associatif bordelais dans cet aboutissement. Cet exemple d&#233;montre s'il en &#233;tait besoin comment la m&#233;moire et l'histoire sont au centre de rapports de force, avec d'un c&#244;t&#233; une volont&#233; des officiels de participer &#224; un mouvement national et mondial de comm&#233;moration, en s'en appropriant les retomb&#233;es positives et le combat dans les coulisses des associations militantes. &lt;br&gt;
On sait que la visite en 2008 de l'International Slavery Museum &#224; Liverpool a probablement d&#233;finitivement convaincu le maire de Bordeaux de faire rentrer sa belle ville dans un travail de r&#233;flexion et de r&#233;pondre en partie positivement aux propositions associatives&#8230; avec cependant un luxe de pr&#233;caution. Il n'&#233;tait en effet pas question de culpabiliser les Bordelais, ni d'entacher la r&#233;putation de Bordeaux, prestigieuse ville du &#171; patrimoine de l'Unesco &#187;. L'exposition des quatre salles du Mus&#233;e d'Aquitaine, soit 800 m2, est le fruit de cette volont&#233; de prudence, mais aussi de pr&#233;cision. Le d&#233;coupage de l'exposition, son mat&#233;riel et sa mise en sc&#232;ne font ainsi entrer un pan entier de l'histoire de Bordeaux dans une repr&#233;sentation officielle. Et l'on d&#233;couvre les ressorts de la richesse de Bordeaux &#224; partir du XVIII&#232;me si&#232;cle, les rapports &#171; esclavagistes &#187; de Bordeaux et des Antilles, l'importance du sucre dans la dynamique mondiale de l'exploitation humaine. La quatri&#232;me salle est une tentative de montrer l'importance des h&#233;ritages contemporains de ce pass&#233; sur l'apparition des m&#233;tissages mais aussi du racisme. &lt;br&gt;
Le r&#233;sultat est int&#233;ressant mais laisse interrogateur. Car il semblerait bien que la m&#233;moire revendiqu&#233;e des associations migrantes de Bordeaux n'y trouve pas totalement sa traduction. C'est pourquoi cet &#233;v&#233;nement de comm&#233;moration ainsi que l'ouverture de ces salles sont une avanc&#233;e tr&#232;s importante et pr&#233;cieuse dans la repr&#233;sentation que Bordeaux (et la France) peut avoir d'elle-m&#234;me. Cependant, le combat pour la m&#233;moire de ceux qui revendiquent une place dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, les Antillais et les Africains descendants d'esclaves, n'est pas achev&#233; [&lt;a href='#nb3-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir &#224; ce propos l'article de Mestre &amp; Moro (2007)' id='nh3-4'&gt;4&lt;/a&gt;] car il ne peut s'arr&#234;ter dans les images fix&#233;es d'une histoire d&#233;sormais officielle. Cet &#233;v&#233;nement-l&#224; est &#224; l'image de la dynamique de la m&#233;moire des migrants de France en g&#233;n&#233;ral : vivante mais pas aboutie. &lt;br&gt;
Comment peut-il en &#234;tre autrement ne peut-on s'emp&#234;cher de dire quand on pense, au-del&#224; des populations migrantes, &#224; l'actualit&#233; de la plupart sinon de la totalit&#233; des pays africains, ces anciennes colonies qui n'en finissent pas de solder les effets d'une m&#233;moire qui concourt &#224; alimenter la violence et r&#233;p&#232;te le traumatisme &#224; force d'&#234;tre tronqu&#233;e et manipul&#233;e !
L'injonction de Freud &#171; N'oubliez pas l'oubli ! &#187; prend ici tout son sens et nous rappelle que ce que nous observons et vivons aujourd'hui est indissociable de cet h&#233;ritage, plonge ses racines loin dans l'histoire et ne doit pas nous faire oublier que, pendant tr&#232;s longtemps, le continent africain a &#233;t&#233; un espace sans voix propre, en qui il p&#251;t se reconna&#238;tre comme tel ou se m&#234;ler aux autres. &#192; cet &#233;gard, la guerre d'Alg&#233;rie occupe une place &#224; part qui, parfois, occulte tout le reste.&lt;br&gt;
La puissance, qui pendant des si&#232;cles a particip&#233; &#224; l'organisation de la traite, puis &#224; celle de la colonisation, parlait pour les peuples colonis&#233;s. C'&#233;tait presque toujours la voix de l'imposture, mais la chape de silence qui pesait sur eux, il n'y eut longtemps aucune possibilit&#233; mat&#233;rielle de la lever, puisqu'elle n'&#233;tait qu'une forme de l'asservissement colonial et que pour la supprimer il fallait en m&#234;me temps supprimer toutes les autres. Il fallait en particulier que le processus de lib&#233;ration politique f&#251;t men&#233; &#224; son terme. &lt;br&gt;
Franz Fanon, en h&#233;ritier de Tosquelles et des r&#233;volutionnaires espagnols, n'a fait que forcer le trait dans &lt;i&gt;Les damn&#233;s de la terre&lt;/i&gt; quand il &#233;crit : &#171; La v&#233;rit&#233; est que la colonisation, dans son essence, se pr&#233;sentait d&#233;j&#224; comme une grande pourvoyeuse des h&#244;pitaux psychiatriques. Dans diff&#233;rents travaux scientifiques, nous avons [&#8230;] attir&#233; l'attention des psychiatres fran&#231;ais et internationaux sur la difficult&#233; qu'il y avait &#224; &#8220;gu&#233;rir&#8221; correctement un colonis&#233;, c'est-&#224;-dire &#224; le rendre homog&#232;ne de part en part &#224; un milieu social de type colonial. Parce qu'il est une n&#233;gation syst&#233;matis&#233;e de l'autre, une d&#233;cision forcen&#233;e de refuser &#224; l'autre tout attribut d'humanit&#233;, le colonialisme accule le peuple domin&#233; &#224; se poser constamment la question : &#8220;Qui suis-je en r&#233;alit&#233; ? &#8221;&#8230; Aujourd'hui, la guerre de lib&#233;ration nationale que m&#232;ne le peuple alg&#233;rien&#8230; parce qu'elle est totale chez le peuple, est devenue un terrain favorable &#224; l'&#233;closion de troubles mentaux&#8230; &#187;. &lt;br&gt;
Si on est heureusement loin de ce qu'&#233;crivait Fanon il y a cinquante ans, nous sommes toujours interpell&#233;s par les effets &#224; la fois directs et indirects des conflits m&#233;moriels de part et d'autre de la M&#233;diterran&#233;e, ainsi que par leurs cons&#233;quences sur la sant&#233; des populations migrantes.&lt;br&gt;
&#192; ne pas cr&#233;er les conditions n&#233;cessaires &#224; un travail de m&#233;moire apais&#233;, on prend le risque d'un durcissement de celle-ci et d'une amplification qui s'apparenterait alors &#224; une authentique r&#233;p&#233;tition traumatique. C'est un v&#233;ritable enjeu &#233;thique et collectif qui rel&#232;ve aussi d'une d&#233;marche de pr&#233;vention !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Diallo K. Bordeaux, l'oublieuse. &lt;a href=&quot;http://www.revuelautre.com/L-autre-2007-Vol-8-no1.html&quot; class='spip_in'&gt;&lt;i&gt;L'autre, Cliniques, Cultures et Soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt; 2009 ; 8(1)&lt;/a&gt; : 109-17.&lt;br&gt;
Mestre C, Moro MR. La France raciste ? &lt;a href=&quot;http://www.revuelautre.com/L-autre-2007-Vol-8-no2.html&quot; class='spip_in'&gt;&lt;i&gt;L'autre, Cliniques, Cultures et Soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt; 2007 ; 8(2)&lt;/a&gt; : 271-6.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-1' id='nb3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] N&#176;364, mai 2009&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-2' id='nb3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &#201;crivain, ayant &#224; la demande de la Mairie de Bordeaux, remis un rapport en 2006, fruit des travaux du comit&#233; de r&#233;flexion et de propositions sur la traite des Noirs &#224; Bordeaux&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-3' id='nb3-3' class='spip_note' title='Notes 3-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] N&#176;11, mai-juin-juillet 2009&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-4' id='nb3-4' class='spip_note' title='Notes 3-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Voir &#224; ce propos l'article de Mestre &amp; Moro (2007)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revuelautre.com/L-autre-2009-Vol-10-no3.html&quot; class='spip_in'&gt;L'autre 2009, Vol. 10, n&#176;3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Le Minotaure</title>
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		<dc:subject>LACHAL C.</dc:subject>

		<description>Andr&#233; Gide nous raconte l'&#233;change entre Th&#233;s&#233;e et D&#233;dale, celui-ci veut aider &#224; vaincre le Minotaure. D&#233;dale explique au h&#233;ros : &#171; Tout comme la faune enti&#232;re, chaque animal peut bien mourir, sans que l'esp&#232;ce qui retient sa forme et son comportement habituel s'en trouve aucunement appauvrie ; car il n'y a pas d'individus parmi les b&#234;tes. Tandis que seul compte, parmi les hommes, l'individu. &#187; Th&#233;s&#233;e va vaincre le Minotaure, et l'on comprend que le danger n'est pas dans cette cr&#233;ature mi-homme, mi-b&#234;te (...)

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&lt;a href="http://www.revuelautre.com/+-LACHAL-C-+.html" rel="tag"&gt;LACHAL C.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Andr&#233; Gide nous raconte l'&#233;change entre Th&#233;s&#233;e et D&#233;dale, celui-ci veut aider &#224; vaincre le Minotaure. D&#233;dale explique au h&#233;ros : &#171; Tout comme la faune enti&#232;re, chaque animal peut bien mourir, sans que l'esp&#232;ce qui retient sa forme et son comportement habituel s'en trouve aucunement appauvrie ; car il n'y a pas d'individus parmi les b&#234;tes. Tandis que seul compte, parmi les hommes, l'individu. &#187;
Th&#233;s&#233;e va vaincre le Minotaure, et l'on comprend que le danger n'est pas dans cette cr&#233;ature mi-homme, mi-b&#234;te mais dans le labyrinthe et tous ses accessoires construits par l'ing&#233;nieux D&#233;dale. Cette ann&#233;e, le tribut demand&#233; par le Minotaure a &#233;t&#233; lourd : 29.796 &#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re. Appellation qui est d'ailleurs aussi vague que celle, plus populaire, de &#171; sans papiers &#187;. Comme les sept jeunes gens et sept jeunes filles tir&#233;s chaque ann&#233;e au sort, en Gr&#232;ce, pour satisfaire la demande du roi de Cr&#232;te, Minos. Un livre, &lt;i&gt;Cette France-l&#224;&lt;/i&gt;, analyse les rouages de cette immense loterie et en d&#233;nonce les travers. Mais le moderne Th&#233;s&#233;e qui viendra combattre ce Minotaure beaucoup plus gourmand que celui de l'antique Cnossos n'est pas l&#224;, m&#234;me si un certain nombre de r&#233;sistances, de critiques se manifestent. L'&#233;poque est-elle au renoncement, voire &#224; la collaboration, lorsque l'on voit des administrations telles que certaines Caisses Primaires d'Assurance Maladie d&#233;noncer des &#171; sans papiers &#187; aux Pr&#233;fectures lorsqu'ils viennent demander l'ouverture de leurs droits &#224; l'Aide M&#233;dicale d'&#201;tat ? &lt;br&gt;
Le diable est dans le d&#233;tail, c'est connu. Le pire n'est donc pas le Minotaure mais D&#233;dale et son labyrinthe. Ce labyrinthe est particuli&#232;rement complexe pour les Demandeurs d'Asile et les &#233;trangers malades. Rappelons que ces derniers sont &#233;valu&#233;s &#224; 20.000, ce qui repr&#233;sente un vivier cons&#233;quent de personnes &#224; &#171; vocation d'&#234;tre expuls&#233;s ! &#187; Comment extraire de ce &#171; vivier &#187; les candidats potentiels &#224; l'expulsion ? Il s'agit le plus souvent de personnes dont la demande d'asile a &#233;t&#233; refus&#233;e et qui pr&#233;sentent des troubles secondaires aux violences, menaces, tortures, incarc&#233;rations, viols et autres, subis dans leur pays. Deux arcanes sont propos&#233;s par l'ing&#233;nieux D&#233;dale :&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; la mise en cause des m&#233;decins qui re&#231;oivent ces personnes et qui sont assimil&#233;s &#224; leurs patients dans la mesure o&#249; ce qu'ils font est soup&#231;onn&#233;, de fa&#231;on implicite ou explicite, d'all&#233;geance &#224; une attitude contraire &#224; l'&#201;tat, aux lois alors m&#234;me que les lois prot&#232;gent les malades, &#233;trangers ou pas, d&#232;s lors qu'ils sont sur notre sol, &#224; port&#233;e de nos soins en quelque sorte.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; La critique des termes de la clinique, de la psychopathologie, les sympt&#244;mes et les cat&#233;gories que nous utilisons &#233;tant mises en cause par des agents de l'administration, avec un d&#233;ni de la souffrance psychique secondaire &#224; des v&#233;cus de violence. Par exemple, la corr&#233;lation entre le &#171; crit&#232;re A &#187; et les signes cliniques tels qu'ils sont list&#233;s dans les crit&#232;res d'inclusion pour la cat&#233;gorie PTSD dans le DSM IV a &#233;t&#233; &#224; juste titre mise en question et cela a conduit &#224; des r&#233;&#233;valuations salutaires de cette pathologie. Il s'agit d'un d&#233;bat scientifique normal, et pour un chercheur comme Allan Young, &#224; qui nous devons des analyses critiques parmi les plus pertinentes sur ces questions, il n'est pas question de jeter le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain et de nier l'existence d'une pathologie secondaire &#224; des situations de violence extr&#234;me, de peurs et de d&#233;tresse majeures. Pour certains administratifs, en particulier des pr&#233;fets, s'appuyant pour cela sur les propos et &#233;crits de certains coll&#232;gues, psychiatres, sociologues, voil&#224; trouv&#233; la preuve-m&#234;me de la complaisance des cliniciens : cette pathologie est discut&#233;e, donc discutable ; et donc, pas de pathologie, pas de &#171; crit&#232;re A &#187;. En d'autres termes, les m&#233;decins qui soignent ces patients inventent des pathologies ; les &#233;trangers qui se plaignent de ces sympt&#244;mes mentent ; eux, ils inventent de fausses histoires (de faux &#171; crit&#232;res A &#187; pour rentrer ill&#233;galement en France. &lt;br&gt;
L&#224;, l'espace clinique n'existe plus, il est lamin&#233; par les processus politiques. Le m&#233;decin est convoqu&#233; &#224; rendre compte de la &#171; v&#233;racit&#233; &#187; des dires du patient. S'il re&#231;oit son patient sur des consultations successives, le soigne vraiment, am&#233;liore son &#233;tat, il pourra bien s&#251;r diff&#233;rencier son acte de celui d'un fonctionnaire de l'OFPRA ou du guichet pr&#233;fectoral des &#233;trangers. Mais s'il le voit une fois, sous forme d'une consultation de type expertal, cette distinction n'existe plus. Ceci am&#232;ne &#224; int&#233;grer le rapport m&#233;dical qui va &#234;tre adress&#233;, sous pli confidentiel, au m&#233;decin inspecteur de sant&#233; publique, au suivi de ces patients dont une partie de la souffrance est amplifi&#233; par la mise en doute de leur parole. Combien d'entre eux expliquent l'effet d&#233;l&#233;t&#232;re, pathog&#232;ne d'une parole d&#233;ni&#233;e, par exemple &#224; l'OFPRA et la r&#233;habilitation qu'ils trouvent de leur parole, et de leur &#234;tre lorsqu'ils sont entendus &#224; la Cour du droit d'asile. Celui qui dit : &#171; J'ai &#233;t&#233; tortur&#233; dans mon pays mais ici, c'est bien pire ! &#187;. Cet autre, condamn&#233; dans son Pays pour avoir refus&#233; de commettre des crimes de guerre, pour qui toute d&#233;marche administrative r&#233;active la terreur et les sympt&#244;mes qui vont avec, parce qu'&#224; chaque fois, c'est comme une nouvelle condamnation, injuste, inique, chaque fois il est livr&#233; &#224; la contingence.&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Un autre arcane de D&#233;dale est de parvenir &#224; ce qu'un Tribunal prononce une fois, une seule fois suffit pour faire jurisprudence, que cette pratique de suivi des patients qui incluse la r&#233;daction du rapport destin&#233; &#224; ce qu'ils b&#233;n&#233;ficient d'un titre de s&#233;jour pour raison m&#233;dicale ne soit plus possible. Pour des raisons de d&#233;ontologie ! On voit bien l'int&#233;r&#234;t que trouveraient les agents de l'&#201;tat &#224; identifier des professionnels qui ne soient pas dans une situation de m&#233;decins et de t&#233;moins, et, pour reprendre les termes d'un pr&#233;fet : &#171; Autant avoir des m&#233;decins neutres pour faciliter le travail de l'administration &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout le travail du clinicien, m&#234;me s'il n'est pas indemne des effets de transmission des traumatismes, des traumatismes vicariants, c'est de se situer en un lieu, une adresse o&#249; la parole peut &#234;tre entendue : &#171; Je ne voulais pas venir, au d&#233;but, me dit ce r&#233;fugi&#233; d'Afrique de l'Ouest. Mais maintenant, ces entretiens sont tellement pr&#233;cieux pour moi. Je ressens un v&#233;ritable soulagement. &#187; Cela suppose, nous l'avons d&#233;j&#224; vu, que ce lieu soit un minimum pr&#233;serv&#233;, non que le clinicien n'appartienne pas au monde ou que la s&#233;ance soit comme un r&#234;ve, mais plut&#244;t comme ce cercle trac&#233; qui d&#233;limite un espace, celui de l'&lt;i&gt;habeas corpus&lt;/i&gt; : on traduit souvent le latin &lt;i&gt;habeas corpus&lt;/i&gt; par &#171; que tu aies [ton] corps &#187;, qu'on interpr&#232;te comme l'&#233;nonc&#233; d'un droit fondamental &#224; disposer de son corps, compris comme la protection contre les arrestations arbitraires. Assez curieusement, j'ai pratiqu&#233; des consultations sous les bombes et les tirs, dans des maisons moiti&#233; d&#233;truites, mais j'avais le sentiment de pouvoir tracer ce cercle. Dans la situation actuelle de l'exercice de la psychiatrie, en France, pour les demandeurs d'asile, j'ai l'impression que l'espace de la consultation est ouvert &#224; tous vents, qu'il n'y a pas de lieu o&#249; trouver une s&#233;curit&#233; pour progresser, r&#233;gresser, &#233;changer, projeter, sortir de soi et r&#233;int&#233;grer &#224; nouveau son soi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chers amis, compagnons de Th&#233;s&#233;e, m&#233;fions nous d'une ruse redoutable de D&#233;dale qui fabriquait des &#233;lectuaires et des vapeurs pour que chacun de ceux qui p&#233;n&#233;traient dans l'antre du Minotaure se perde, selon lui &#171; dans son labyrinthe particulier &#187;. L'&#233;lectuaire actuel est un processus pernicieux, celui de l'euph&#233;misation. L'euph&#233;misme est une figure de rh&#233;torique qui permet une expression att&#233;nu&#233;e d'une r&#233;alit&#233; dont l'expression directe aurait quelque chose de d&#233;plaisant. Ici, il s'agirait par exemple de d&#233;crire des troubles pr&#233;sent&#233;s par le patient en faisant abstraction de toute r&#233;f&#233;rence &#224; l'histoire qu'il a v&#233;cue, au contexte de son pays d'origine et de son pays d'accueil, etc. De fa&#231;on abstraite, il s'agirait de faire dispara&#238;tre la r&#233;alit&#233; d'une histoire tragique, les coups port&#233;s sur le corps suspendu &#224; une corde, le viol, la peur pendant le voyage, les conditions de vie avec une jeune &#233;pouse qui d&#233;borde d'angoisse et deux enfants qui ne dorment pas, pendant des mois dans une chambre d'h&#244;tel dont ils n'osent pas sortir de peur d'&#234;tre reconduits &#224; la fronti&#232;re&#8230; L'euph&#233;misation consiste &#224; nier l'individu et &#224; le r&#233;duire &#224; des termes comme &#171; sans papier &#187;, &#171; OQTF &#187;, &#171; &#233;tranger malade &#187;, &#171; reconduite &#224; la fronti&#232;re &#187;, et un m&#233;decin, un certificat m&#233;dical peuvent parfaitement remplir cette fonction de r&#233;duction d'un patient, d'un &#234;tre vivant &#224; une &#233;tiquette sans tenir compte des cons&#233;quences r&#233;elles de cette &#233;tiquette sur la vie de ce patient et du fait que les cons&#233;quences peuvent correspondre &#224; un v&#233;ritable arr&#234;t de mort. C'est exactement cela qui est demand&#233; aujourd'hui au m&#233;decin : &#171; Autant avoir des m&#233;decins neutres pour faciliter le travail de l'administration &#187;. De fa&#231;on involontaire, nous sommes tous menac&#233;s de c&#233;der &#224; cette tentation, et la construction de notre clinique n'est pas exempte d'un tel processus.&lt;br&gt;
Le deuxi&#232;me &#233;lixir invent&#233; par notre cher D&#233;dale est des plus terribles. Pour le d&#233;crire conviennent bien le terme d'isolement et, au-del&#224;, celui de d&#233;solation, propos&#233;s par Hanna Arendt pour d&#233;finir ce qui arrive sous les r&#233;gimes totalitaires. Nous mettrons d'abord tous les guillemets de pr&#233;caution pour ne pas assimiler l'&#201;tat fran&#231;ais &#224; un &#233;tat totalitaire, mais nous savons que dans les d&#233;mocraties modernes peuvent s'introduire des processus qui sont des d&#233;rives graves, qui font d&#233;vier le bateau de sa trajectoire. La question de la torture dans les d&#233;mocraties, apr&#232;s le 11 Septembre en est un exemple incontestable et cela a &#233;t&#233; argument&#233; par le nouveau pr&#233;sident des &#201;tats-Unis qui pla&#231;ait son discours de Philadelphie, portant sur la question des races et de la s&#233;gr&#233;gation, sous le regard des P&#232;res fondateurs de la d&#233;mocratie am&#233;ricaine. En France, la fa&#231;on dont la vie quotidienne se passe dans les CRA, les CADAs, repose notamment sur un processus (politique) d'isolement, terme qui est pour Hannah Arendt pr&#233;-totalitaire et qui veut dire que ces femmes, ces enfants, ces hommes restent en contact avec le monde mais presque exclusivement &#224; travers les agents de l'&#201;tat, les juridictions auxquelles ils ont &#224; faire et les Associations qui se sont donn&#233; comme but de les d&#233;fendre. Ils sont &#233;galement r&#233;duits &#224; l'impuissance. Tant qu'ils sont en attente d'une &#233;ventuelle r&#233;gularisation, ils ne peuvent pas travailler, &#233;tudier (sauf pour la scolarisation des enfants). Or, dans le v&#233;cu qu'ils d&#233;crivent, c'est-&#224;-dire le retentissement dans leur vie intime, priv&#233;e, mentale, de ce &#224; quoi ils sont soumis, r&#233;duits, ils passent tr&#232;s facilement aux termes proches de d&#233;solation et d'inutilit&#233;. D&#233;solation veut dire litt&#233;ralement extrait de son sol, ce qui inclue tout un &#233;ventail de significations qui vont bien &#224; ces &#233;trangers, exil&#233;s, d&#233;racin&#233;s, souvent coup&#233;s de leur communaut&#233;, (il ne suffit pas que soient sous le m&#234;me toit des personnes originaires de la Serbie pour qu'ils fassent communaut&#233; !), vivant entre vie et mort, dans un temps suspendu et un espace al&#233;atoire. Ils trouvent, nous l'avons vu, dans les consultations, outre les soins qui leur sont n&#233;cessaires, une relation &#224; l'autre restaur&#233;e, dans sa double dimension m&#233;taculturelle et interhumaine. Ils sortent alors de l'isolement et de la d&#233;solation. Ils peuvent dire leur sentiment d'inutilit&#233; et nous essayons de retrouver du sens l&#224; o&#249; il s'est perdu, reprenant &#224; notre compte cette belle expression d'Hanna Arendt : &#171; Dans l'isolement, l'homme reste en contact avec le monde en tant qu'&#339;uvre humaine ; ce n'est que lorsque la forme la plus &#233;l&#233;mentaire de cr&#233;ativit&#233; humaine &#8211; c'est-&#224;-dire le pouvoir d'ajouter quelque chose de soi au monde commun &#8211; est d&#233;truite, que l'isolement devient absolument insupportable. &#187;.&lt;br&gt;
Mais voil&#224; que vous &#234;tes avec votre invit&#233; le plus pr&#233;cieux dans votre cabinet de consultation, en train de discuter. L'ambiance est d&#233;tendue et la lumi&#232;re de la lampe distille un orange couleur parfum&#233;e qui &#233;carte pour un moment les bruits sourds du vent ext&#233;rieur, rebondissant sur les vitres, les derni&#232;res nouvelles que votre &#171; invit&#233; &#187; a eu de son pays d&#233;vast&#233; par la guerre. Brusquement, la porte s'ouvre, un homme que vous ne connaissez pas mais dont l'allure brutale et autoritaire occupe l'espace. Cet homme s'installe sans vergogne sur un fauteuil rest&#233; inoccup&#233;, il se met &#224; fumer des cigarillos &#224; l'odeur infecte et met ses pieds sur le bureau. Votre invit&#233; est paniqu&#233;, il allait vous confier un &#233;pisode essentiel de sa vie : quand il est revenu chez lui et a trouv&#233;, &#224; c&#244;t&#233; du cadavre de son cousin, son amie rou&#233;e de coups, en train de saigner et de perdre le b&#233;b&#233; qu'elle portait, de lui ! Il se dit qu'il vaut mieux partir, vous &#234;tes pris d'une angoisse que vous essayez de rationaliser : je vais mettre cet intrus &#224; la porte. Mais l'intrus reste l&#224;, le sourire aux l&#232;vres, afin de bien vous faire comprendre que c'est lui qui est ici chez lui. Cette petite histoire est une illustration maladroite de ce que vivent et vivront de plus en plus les cliniciens qui s'occupent des &#233;trangers malades, des demandeurs d'asile, des &#171; sans papiers &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour conclure cet &#233;ditorial, je reviendrai en quelques lignes sur une des ruses les plus efficaces de l'ing&#233;nieux D&#233;dale : la cat&#233;gorisation, la qualification. Il faut pour cela revenir aux propos du philosophe &#201;tienne Balibar dans un texte prononc&#233; en ouverture d'un colloque sur &#171; N&#233;oracisme et d&#233;rives g&#233;n&#233;tiques &#187; et publi&#233; dans l'ouvrage reprenant ce titre. Le philosophe reprend les lois de 1950-1951 &#233;tablies par l'UNESCO &#224; la demande de la Commission &#201;conomique et Sociale des Nations Unies pour disqualifier de fa&#231;on &#171; d&#233;finitive &#187; certaines politiques fond&#233;es sur une conception des races hi&#233;rarchis&#233;e, sur la th&#233;orie de l'&#233;volutionnisme et sur l'exp&#233;rience des colonisations. Ces politiques sont alors au nombre de trois : l'antis&#233;mitisme, le racisme colonial et le s&#233;gr&#233;gationnisme. &#192; ce moment de l'Histoire, &#171; ces ph&#233;nom&#232;nes socio-id&#233;ologiques rentraient d&#233;sormais dans une m&#234;me cat&#233;gorie g&#233;n&#233;rale (celle de racisme), dont le fond commun philosophique &#233;tait la n&#233;gation de l'unit&#233; et de l'indivisibilit&#233; de l'esp&#232;ce humaine &#187;. Mais &#201;tienne Balibar se pose alors cette question : &#171; L'&#233;num&#233;ration est-elle compl&#232;te ? &#187; Autrement dit, au-del&#224; de l'antis&#233;mitisme toujours pr&#233;sent, du post ou n&#233;ocolonialisme et de certaines formes de s&#233;gr&#233;gations qui persistent, n'y a-t-il pas d'autres politiques susceptibles de produire les m&#234;mes effets, c'est-&#224;-dire d'extraire certains individus de l'esp&#232;ce humaine ? De les couper de leur identit&#233; premi&#232;re, de leur base essentielle, fond&#233;e sur l'appartenance &#224; l'esp&#232;ce humaine ? De les exclure comme appartenant &#224; une cat&#233;gorie &#224; part, celle dite des &#171; sans papiers &#187; ?&lt;br&gt;
Ce terme d'esp&#232;ce humaine est le titre d'un ouvrage, r&#233;cit de Robert Antelme. Robert Antelme est un po&#232;te, &#233;crivain fran&#231;ais disparu en 1990. R&#233;sistant, mari&#233; &#224; l'&#233;crivain Marguerite Duras, il a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;, d&#233;port&#233; &#224; Buchenwald, puis &#224; Gandersheim, enfin &#224; Dachau d'o&#249; Fran&#231;ois Mitterrand, qui faisait partie du m&#234;me r&#233;seau de r&#233;sistants, parvient &#224; le faire sortir bien qu'il soit en principe en quarantaine pour typhus. En 1949, il publie donc &#171; l'Esp&#232;ce humaine &#187;. Dans ce livre, il montre l'obsession &#224; vivre de l'&#234;tre humain, la conscience qu'il conserve de la valeur de son existence dans les conditions les plus extr&#234;mes. &lt;br&gt;
J'ai tent&#233; dans plusieurs articles, de pr&#233;senter ce terme comme un concept, un outil &#224; penser, pouvant avoir quelque utilit&#233; pour les cliniciens qui s'occupent de patients qui ont &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; un certain vacillement, fading, de leur sentiment d'appartenance &#224; l'esp&#232;ce humaine. C'est le cas des personnes tortur&#233;es, de nos patients, les aider &#224; reconstruire ce sentiment d'appartenance est un travail consid&#233;rable. Ce travail est aujourd'hui menac&#233; par l'intrusion du politique dans nos consultations. Comment allons-nous r&#233;agir, r&#233;sister, quels sont nos tuteurs de r&#233;silience ?
M&#234;me au c&#339;ur des pires tourmentes, ces capacit&#233;s de r&#233;agir existent, comme nous le montre le po&#232;me de ce jeune Palestinien, po&#232;te et dessinateur :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Histoire de Hassan dans le ventre de sa m&#232;re&lt;br&gt;
Dans le ventre de ma m&#232;re Rab&#238;ha&lt;br&gt;
J'avais&#8230; Pourquoi j'avais ?&lt;br&gt;
J'ai une petite maison&lt;br&gt;
Occup&#233;e pour moiti&#233; par les eaux&lt;br&gt;
Tandis que l'autre est pour moi,&lt;br&gt;
On y est au chaud comme au paradis,&lt;br&gt;
On y trouve deux palmiers, &lt;br&gt;
Un poisson, un papillon et un oiseau. &lt;br&gt;
Le poisson &#233;tait un oc&#233;an&lt;br&gt;
Et le papillon un ciel, l'oiseau &#233;tait un voyage, &lt;br&gt;
le ciel &#233;tait mon fr&#232;re et mon fr&#232;re l'oc&#233;an, &lt;br&gt;
J'&#233;tais destin&#233; aux voyages&#8230;&lt;br&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Clermont-Ferrand, le 2 Mars 2009&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/strong&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Antelme R. &lt;i&gt;L'Esp&#232;ce Humaine&lt;/i&gt;. Paris : Gallimard ; 1957.&lt;br&gt;
Balibar E. Diff&#233;rence, alt&#233;rit&#233;, exclusion : trois cat&#233;gories anthropologiques pour th&#233;oriser le racisme. In : Parizeau MH, Kash S, &#233;diteurs. &lt;i&gt;N&#233;oracisme et d&#233;rives g&#233;n&#233;tiques&lt;/i&gt;. Laval : Presses Universitaires de Laval ; 2007.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Cette France-l&#224; :&lt;/i&gt; ouvrage collectif de l'Association Cette France-l&#224;. &lt;br&gt;Pr&#233;sident Michel Feher. &#192; para&#238;tre en 2009.&lt;br&gt;
Gide A. &lt;i&gt;Th&#233;s&#233;e&lt;/i&gt;. Paris : Gallimard ; 1946.&lt;br&gt;
Hourani H. &lt;i&gt;Hassan voyage&lt;/i&gt;. Paris : Riveneuve &#201;ditions ; 2007.&lt;br&gt;
Young A. &lt;i&gt;The harmony of illusions : inventing post-traumatic stress disorder&lt;/i&gt;. Princeton : Princeton University Press ; 1995.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revuelautre.com/L-autre-2009-Vol-10-no2.html&quot; class='spip_in'&gt;L'autre 2009, Vol. 10, n&#176;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item>
		<title>Obama et la R&#233;publique plurielle</title>
		<link>http://www.revuelautre.com/Obama-et-la-Republique-plurielle.html</link>
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		<dc:date>2009-04-21T11:02:00Z</dc:date>
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<category domain="http://www.revuelautre.com/-Editorial,1-.html">Editorial</category>

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		<dc:subject>MORO M. R.</dc:subject>
		<dc:subject>BAUBET T.</dc:subject>
		<dc:subject>MESTRE C.</dc:subject>
		<dc:subject>GIRAUD F.</dc:subject>
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		<description>Un homme a &#233;t&#233; &#233;lu quarante-quatri&#232;me pr&#233;sident des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique ind&#233;pendamment de la couleur de sa peau, c'est-&#224;-dire avec son identit&#233; et sa couleur. Cette &#233;lection constitue un pas en avant pour l'humanit&#233;. L'&#8239;&#171; &#8239;obamania&#8239; &#187; qui s'est empar&#233;e du monde au cours de la campagne &#233;lectorale am&#233;ricaine a eu quelque chose de paradoxal. D'un c&#244;t&#233;, elle s'explique largement par l'espoir de voir succ&#233;der &#224; la d&#233;sastreuse pr&#233;sidence Bush une administration am&#233;ricaine moins arrogante, moins d&#233;sireuse d'imposer au (...)

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&lt;a href="http://www.revuelautre.com/-Editorial,1-.html" rel="directory"&gt;Editorial&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.revuelautre.com/+-editorial-+.html" rel="tag"&gt;editorial&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.revuelautre.com/+-MORO-M-R-+.html" rel="tag"&gt;MORO M. R.&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://www.revuelautre.com/+-AHOVI-J-+.html" rel="tag"&gt;AHOVI J.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#8239;&#171; &#8239;obamania&#8239; &#187; qui s'est empar&#233;e du monde au cours de la campagne &#233;lectorale am&#233;ricaine a eu quelque chose de paradoxal. D'un c&#244;t&#233;, elle s'explique largement par l'espoir de voir succ&#233;der &#224; la d&#233;sastreuse pr&#233;sidence Bush une administration am&#233;ricaine moins arrogante, moins d&#233;sireuse d'imposer au monde ses vues politiques et plus soucieuse de remettre en cause les in&#233;galit&#233;s sociales. Mais c'est l'accession &#224; la Maison blanche d'un candidat m&#233;tis, c'est-&#224;-dire noir pour les Am&#233;ricains, cent cinquante ans apr&#232;s l'abolition de l'esclavage, et quarante ans apr&#232;s la suppression de la s&#233;gr&#233;gation et l'assassinat de Martin Luther King, qui marque une grande victoire contre le racisme et une grande revanche pour tous les Noirs humili&#233;s et exploit&#233;s tout au long de l'histoire, aux &#201;tats-Unis, en Afrique et ailleurs. En somme, l'&#233;lection d'un Noir a fait franchir un pas d&#233;cisif dans l'histoire des droits de l'homme. C'est en effet &#224; la fois un symbole et un &#233;v&#233;nement historique.
Cet unanimisme pourtant m&#233;rite d'&#234;tre interrog&#233;. L'unanimisme en politique r&#233;v&#232;le toujours par principe qu'il dissimule de vraies questions. La victoire d'Obama met en lumi&#232;re aussi le fait que dans de nombreux pays, en France particuli&#232;rement, l'&#233;lection d'un candidat issu de minorit&#233;s visibles &#171; &#8239;&#224; l'&#339;il nu&#8239; &#187; reste, un r&#234;ve, et qu'elle accuse cruellement les insuffisances de nos syst&#232;mes d&#233;mocratiques. Rappelons qu'Obama est d'abord un fils d'immigr&#233; r&#233;cent, de p&#232;re kenyan et de m&#232;re am&#233;ricaine originaire du Kansas. Son &#233;lection montre la capacit&#233; de la d&#233;mocratie am&#233;ricaine qui est un creuset d'apports &#233;trangers multiples depuis des g&#233;n&#233;rations, &#224; mener au sommet un candidat issu d'une immigration de fra&#238;che date. Que les postes supr&#234;mes soient r&#233;serv&#233;s, aux Etats-Unis, &#224; des Am&#233;ricains de souche, n'a pas grand sens car ce pays se vit lui-m&#234;me comme une terre d'immigration, m&#234;me si, p&#233;riodiquement il y a des crispations contre des groupes nouveaux de la part des immigr&#233;s plus anciens. D&#233;j&#224; Kennedy lui-m&#234;me avait prouv&#233; qu'on pouvait &#234;tre issu de la minorit&#233; irlandaise et catholique (comme Mc Cain) dans un pays largement domin&#233; par l'establishment WASP (white anglo-saxon protestant). Obama poursuit, &#224; sa mani&#232;re, cette tradition de minorit&#233;s ethniques &#233;mergeant dans la politique de mani&#232;re spectaculaire, car les Afro-am&#233;ricains ont, dans le &lt;i&gt;melting pot&lt;/i&gt;, une place singuli&#232;re&#8201; : la plupart, en effet, sont issus d'esclaves.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un autre &#233;l&#233;ment compte beaucoup. Obama est un grand universitaire, juriste dipl&#244;m&#233; de Harvard. Il n'est en fait et en un sens, que la figure de proue de tr&#232;s nombreux jeunes ou moins jeunes Noirs ou non qui ont acc&#233;d&#233; aux meilleures places dans les milieux d'affaires, le barreau, les m&#233;dias, le monde politique, en particulier depuis l'instauration des politiques d'&lt;i&gt;affirmative action&lt;/i&gt; (dont lui-m&#234;me n'a pas b&#233;n&#233;fici&#233;). Les Condoleezza Rice, Colin Powell l'ont pr&#233;c&#233;d&#233; et en furent des figures embl&#233;matiques, de m&#234;me que des personnages issus d'autres minorit&#233;s dans l'administration Bush, pour le meilleur et, parfois, pour le pire. On voit donc que la d&#233;mocratie am&#233;ricaine, souvent vilipend&#233;e pour ses d&#233;rives s&#233;curitaires et imp&#233;rialistes, a su se montrer une remarquable m&#233;ritocratie au profit d'&#233;lites nouvelles refl&#233;tant la diversit&#233; du pays.
Ceci ne fait qu'accuser davantage les insuffisances d'une tradition politique fran&#231;aise qui para&#238;t bien scl&#233;ros&#233;e et verrouill&#233;e en comparaison. Si c'est le cas, c'est d'abord en raison de l'interdit mis par une certaine id&#233;ologie &#171; &#8239;r&#233;publicaniste&#8239; &#187; se r&#233;clamant de l'universel et mettant en garde contre tout &#171; &#8239;communautarisme&#8239; &#187; et toute revendication &#171; &#8239;identitaire&#8239; &#187;, qui a refus&#233; de regarder la nation comme faite essentiellement de diversit&#233; et cela depuis l'origine. Au nom de l'unit&#233; et de l'indivisibilit&#233; de la r&#233;publique, on s'est refus&#233; &#224; affronter ce fait, ce qui est d'abord une erreur th&#233;orique. De m&#234;me dans notre champ de la clinique transculturelle, que n'avons-nous entendu critiquer notre d&#233;marche au nom de principes universalistes abstraits et incapables de penser la complexit&#233; des migrations, des m&#233;tissages et de fait de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise et europ&#233;enne actuelle, multiculturelle ! De m&#234;me le retard pris dans les travaux historiques, sociologiques ou cliniques de ce point de vue a &#233;t&#233; consid&#233;rable. Surtout si on le compare &#224; la fa&#231;on dont les Am&#233;ricains ont, d&#232;s le d&#233;but du XXe si&#232;cle &#233;tudi&#233; la question de l'immigration et de la diversit&#233; ethnique des &#201;tats-Unis. Ainsi en fut-il de la c&#233;l&#232;bre &#233;cole de sociologie de Chicago, dont l'une des figures &#233;minentes, Robert E. Park, journaliste, philosophe et sociologue fut un compagnon de route du r&#233;formateur noir Booker T. Washington et s'engagea dans la d&#233;nonciation du colonialisme au Congo belge [&lt;a href='#nb4-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. J.-M. Chapoulie &#171; &#8239;La tradition de Chicago et l'&#233;tude des relations entre (...)' id='nh4-1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Les grands militants Noirs ont toujours joint r&#233;flexion et combat. Nombre de travaux passionnants ont &#233;t&#233; men&#233;s aux &#201;tats-Unis jusqu'&#224; aujourd'hui sur la question du racisme et du multiculturalisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La France, de son c&#244;t&#233;, a donc pris un retard consid&#233;rable. Le r&#233;publicanisme int&#233;griste, universaliste et assimilationniste, d&#233;niant les questions de la diversit&#233; culturelle a &#233;t&#233; de fait le paravent d'une h&#233;t&#233;rophobie, voire d'une v&#233;ritable x&#233;nophobie. Elle a pu &#234;tre de ce fait largement exploit&#233;e par des partis politiques, et d'autant plus efficacement que la France est profond&#233;ment transform&#233;e dans son mod&#232;le par les effets de la mondialisation, les difficult&#233;s de la construction europ&#233;enne, l'effondrement des cadres sociaux traditionnels, le recul du mouvement ouvrier et syndical.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne suffit plus aujourd'hui de nommer quelques personnalit&#233;s issues de la diversit&#233; culturelle de notre pays. Ce n'est pas n&#233;gligeable symboliquement et n'avait pas &#233;t&#233; fait par les gouvernements de gauche. Mais il faut faire en sorte que, affrontant la diversit&#233; sans g&#234;ne et sans pr&#233;texte, puisse se construire une vraie r&#233;publique plurielle. Quand les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais croyaient ne voir dans le &#171; &#8239;f&#233;d&#233;ralisme&#8239; &#187; qu'un obstacle &#224; l'avanc&#233;e de la R&#233;volution, parce que selon eux il dissimulait la contre-r&#233;volution, ils n'en lutt&#232;rent pas moins contre l'esclavage. Il importe aujourd'hui de jeter un nouveau regard sur la France, lancer des programmes de recherches dans les diff&#233;rents champs des sciences humaines sur la question des discriminations et de ses causes et d&#233;finir les traits d'un nouveau lien r&#233;publicain, en r&#233;cusant l'id&#233;e d'une France fondue dans un moule unitaire qui n'est, le plus souvent, qu'une fiction dissimulant l'h&#233;g&#233;monie effective d'une certaine cat&#233;gorie de Fran&#231;ais. Les partis politiques ont &#224; s'ouvrir &#224; de nouvelles g&#233;n&#233;rations, en d&#233;laissant leurs querelles conservatrices, en renon&#231;ant au cumul des mandats et aux sempiternelles r&#233;&#233;lections qui emp&#234;chent l'acc&#232;s aux citoyens venus d'ailleurs. L'universel ne se construit pas par la d&#233;n&#233;gation des conflits et des diff&#233;rences, mais, comme Obama le disait dans son grand discours de Philadelphie , en les regardant en face pour les d&#233;passer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces id&#233;es sont influenc&#233;es par le grand philosophe am&#233;ricain Reinhold Niebuhr tr&#232;s peu connu en France et pourtant une des figures majeures de la pens&#233;e am&#233;ricaine du XXe si&#232;cle. Il a publi&#233; notamment &lt;i&gt;L'Ironie de l'histoire am&#233;ricaine&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;L'homme moral dans une soci&#233;t&#233; immorale&lt;/i&gt; ou encore &lt;i&gt;La Nature et la destin&#233;e de l'homme&lt;/i&gt;. Voici ce qu'Obama lui doit selon ses propres mots&#8201; : &#171; &#8239;L'id&#233;e saisissante suivant laquelle le mal, les &#233;preuves et la souffrance existent r&#233;ellement dans le monde. Que nous devrions rester humbles et modestes dans notre conviction qu'on peut les &#233;liminer. Mais que nous ne devrions pas en faire une excuse pour le cynisme et l'inaction. Je lui ai emprunt&#233;&#8230; l'id&#233;e que nous devons faire ces efforts tout en sachant que ce sera difficile, au lieu de naviguer entre un id&#233;alisme na&#239;f et un r&#233;alisme amer. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces id&#233;es et ce symbole valent pour les &#201;tats-Unis, pour la France et pour l'Europe sans aucun doute !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-1' id='nb4-1' class='spip_note' title='Notes 4-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Cf. J.-M. Chapoulie &#171; &#8239;La tradition
de Chicago et l'&#233;tude des relations entre
les races&#8239; &#187;, &lt;i&gt;Revue europ&#233;enne des migrations internationales&lt;/i&gt;, vol.18 &#8211; n&#176;3/ 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revuelautre.com/L-autre-2009-Vol-10-no1.html&quot; class='spip_in'&gt;L'autre 2009, Vol. 10, n&#176;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item>
		<title>La virginit&#233;, un alibi post-colonial ?</title>
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		<dc:date>2008-12-18T16:59:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		

<category domain="http://www.revuelautre.com/-Editorial,1-.html">Editorial</category>

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		<dc:subject>MORO M. R.</dc:subject>
		<dc:subject>SKANDRANI S.</dc:subject>
		<dc:subject>MANSOURI M.</dc:subject>

		<description>La nouvelle d'une annulation de mariage en raison de la non-virginit&#233; de l'&#233;pouse par le tribunal de Lille a suscit&#233; une v&#233;ritable pol&#233;mique ces derni&#232;res semaines en France. Nous ne nous int&#233;resserons pas ici &#224; la l&#233;gitimit&#233; juridique d'un verdict motiv&#233; par le mensonge plut&#244;t que par la virginit&#233; car il a &#233;t&#233; dit tant de choses sur ce sujet qu'il ne nous para&#238;t pas utile d'en rajouter. En revanche, nous souhaitons nous arr&#234;ter sur les implications de la temp&#234;te m&#233;diatique qui a suivi afin de tenter de sortir (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La nouvelle d'une annulation de mariage en raison de la non-virginit&#233; de
l'&#233;pouse par le tribunal de Lille a suscit&#233; une v&#233;ritable pol&#233;mique ces derni&#232;res
semaines en France. Nous ne nous int&#233;resserons pas ici &#224; la l&#233;gitimit&#233;
juridique d'un verdict motiv&#233; par le mensonge plut&#244;t que par la virginit&#233;
car il a &#233;t&#233; dit tant de choses sur ce sujet qu'il ne nous para&#238;t pas utile
d'en rajouter. En revanche, nous souhaitons nous arr&#234;ter sur les implications
de la temp&#234;te m&#233;diatique qui a suivi afin de tenter de sortir d'un syst&#232;me
binaire r&#233;ducteur (annulation/virginit&#233;) qui ne rend pas compte de la complexit&#233; d'une probl&#233;matique liant l'intime au collectif. La simplification des
d&#233;bats et la d&#233;formation de la compr&#233;hension qui en r&#233;sulte nous semble propre &#224; alimenter tous les fantasmes concernant l'Islam et les musulmans par une racialisation du sexisme. C'est pourquoi, il nous para&#238;t important de
faire entendre une autre position qui tienne compte des voix des jeunes
femmes musulmanes concern&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Partons de notre propre r&#233;action. Quand nous avons appris cette nouvelle
t&#244;t le matin &#224; la radio, nous avons &#233;t&#233; nous-m&#234;mes happ&#233;es par la pol&#233;mique et outr&#233;es par les faits. Suivant en ceci le discours dominant dans le champ des m&#233;dias et de la politique, nous avons d'abord &#233;t&#233; r&#233;volt&#233;es par la d&#233;cision du tribunal de Lille. Elle nous paraissait &#234;tre le r&#233;sultat d'une attitude qui se voulait faussement tol&#233;rante et respectueuse des diff&#233;rences entre les cultures et les religions au sein de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Elle nous semblait refl&#233;ter la profonde misogynie qui continue &#224; traverser la soci&#233;t&#233;, d&#232;s lors qu'il s'agit de la sexualit&#233; des femmes. On entendait parler de r&#233;pudiation, on hochait la t&#234;te ; de violence culturelle faite aux femmes, on acquies&#231;ait. Ce n'est que dans le courant de la journ&#233;e et au fil des nouvelles venant alimenter la d&#233;p&#234;che initiale, que nous avons &#233;t&#233; surprises par notre propre positionnement : la jeune femme est d'accord avec l'annulation ; d'autres annulations de mariages ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; prononc&#233;es par le pass&#233;, en raison du mensonge d'un des &#233;poux concernant un pr&#233;c&#233;dent mariage (par exemple dans le cadre d'une &#233;pouse catholique pratiquante qui apprend le divorce cach&#233; de son mari ou vice-versa, &#224; cause d'une appartenance religieuse cach&#233;e&#8230; Sid&#233;r&#233;es, nous nous sommes rendu compte &#224; quel point nous avions &#233;t&#233; travers&#233;es par le discours dominant, r&#233;ducteur et prompt &#224; stigmatiser toute une tranche de la population. Notre propre r&#233;action nous a profond&#233;ment interrog&#233;es. Elle nous d&#233;montre une fois de plus que l'&#233;laboration de l'alt&#233;rit&#233; en soi et la capacit&#233; de d&#233;centrage (Moro 1998), indispensables dans une soci&#233;t&#233; m&#233;tiss&#233;e telle que la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, sont des processus toujours &#224; renouveler, jamais d&#233;finitivement acquis et toujours &#224; conqu&#233;rir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, cette d&#233;cision de justice a provoqu&#233; des r&#233;actions constern&#233;es de
la part des politiques de tous bords, des associations ainsi que des f&#233;ministes. On y a vu une &#171; r&#233;gression du statut de la femme &#187; (Val&#233;rie L&#233;tard, secr&#233;taire d'&#201;tat &#224; la solidarit&#233; charg&#233;e du droit des femmes), une &#171; &lt;i&gt;fatwa&lt;/i&gt; contre l'&#233;mancipation des femmes &#187; (Fadela Amara, secr&#233;taire d'&#201;tat &#224; la politique de la ville). &#201;lisabeth Badinter s'est inqui&#233;t&#233;e que ce jugement n'aboutisse &#171; &#224; faire courir nombre de jeunes filles musulmanes dans les h&#244;pitaux pour se faire refaire l'hymen. Et, par cons&#233;quent, au lieu pour un tribunal de d&#233;fendre les femmes, de d&#233;fendre ces jeunes femmes, au contraire, il accentue la pression sur elles &#187;. Diff&#233;rents hommes et femmes publics ont ainsi pris la parole pour d&#233;fendre les libert&#233;s des femmes musulmanes, bafou&#233;es, selon eux, par ce jugement. Dans cette cacophonie de prises de positions, finalement &#233;tonnamment
consensuelles, la voix de la jeune femme concern&#233;e a &#233;t&#233; &#224; peine
audible : elle est d'accord avec ce jugement. Son avocat l'a r&#233;p&#233;t&#233; &#224; plusieurs reprises, mais il est bien difficile de l'entendre et de penser &#224; partir de ce que cela signifie pour les deux partenaires du couple qui demandent, de concert, l'annulation de ce mariage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le d&#233;bat public, ce fait est ignor&#233; ou alors discr&#233;dit&#233;, en faisant r&#233;f&#233;rence &#224; la pression monstrueuse &#224; laquelle, on suppose, cette jeune femme a &#233;t&#233; soumise de la part de sa famille et de ses proches. Ce fait nous para&#238;t pourtant primordial ; sa suppression dans le d&#233;bat public l'est tout autant. Elle est r&#233;v&#233;latrice de l'attitude profond&#233;ment paternaliste d'une grande partie de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#8211; m&#233;dias et politiques inclus &#8211; &#224; l'encontre des jeunes filles et des jeunes femmes musulmanes. H&#233;ritant du regard colonial, la soci&#233;t&#233; dominante les r&#233;duit souvent &#224; des victimes passives de violences patriarcales. Elle les pr&#233;sente comme des jeunes femmes terroris&#233;es par leurs fr&#232;res, qui ne choisissent rien et qui se plient &#224; la toute-puissance de la famille et des hommes. Le regard &#224; leur encontre est souvent plus complaisant, voire condescendant, qu'&#224; l'encontre de leurs homologues masculins. Dans un discours qui se veut &#233;mancipateur et lib&#233;rateur, la soci&#233;t&#233; dominante s'exprime &#224; leur place, formule des revendications et attentes qui ne correspondent pourtant pas toujours &#224; celles des jeunes femmes elles-m&#234;mes. Leurs voix ne se font pas entendre. Et lorsqu'elles sont exceptionnellement &#233;cout&#233;es,
mais que par malheur, elles n'expriment pas ce que la soci&#233;t&#233; dominante
attend d'elles &#8211; &#224; savoir le d&#233;sir de se lib&#233;rer du joug des fr&#232;res et des
p&#232;res et de s'assimiler aux comportements, entre autres sexuels, des femmes de la soci&#233;t&#233; dominante &#8211; leur revendication est discr&#233;dit&#233;e, en faisant r&#233;f&#233;rence &#224; la pression sociale insoutenable &#224; laquelle elles seraient soumises. Ici, la soci&#233;t&#233; dominante r&#233;p&#232;te l'oppression et la domination qu'elle d&#233;nonce par ailleurs : elle fait violence &#224; ces jeunes femmes, en ignorant leur voix, en niant leurs choix ou leurs strat&#233;gies par ce qu'ils sont diff&#233;rents. Il nous semble pourtant primordial d'accorder aux jeunes femmes musulmanes le m&#234;me degr&#233; de subjectivit&#233; et d'&lt;i&gt;agency&lt;/i&gt; qu'on s'accorde &#224; soi-m&#234;me &#8211; &lt;i&gt;agency&lt;/i&gt; au sens anglo-saxon de participation active &#224; leur destin par les voies qu'elles se choisissent elles-m&#234;mes. Cette g&#233;n&#233;ralisation du combat, des besoins et revendications des femmes occidentales, blanches et de classe moyenne, &#224; toutes les femmes du monde, religion, culture ou ethnie au sens anglosaxon, et classe sociale confondues, est d&#233;nonc&#233;e depuis longtemps par le f&#233;minisme post-colonial. Cette g&#233;n&#233;ralisation dissimule l'oppression sociale et culturelle dont ces femmes fran&#231;aises visiblement musulmanes sont par ailleurs victimes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce que nous observons dans le cadre de notre travail clinique et de
recherche, en banlieue parisienne, va souvent &#224; l'encontre de l'opinion largement r&#233;pandue, pr&#234;tant &#224; ces jeunes filles le d&#233;sir de se lib&#233;rer des
contraintes de la famille et des traditions. Les situations familiales sont plus
complexes, particuli&#232;rement en situation de vie transculturelle. Ces jeunes
filles et femmes musulmanes, bien souvent d'origine maghr&#233;bine, souhaitent rester fid&#232;les &#224; la transmission parentale et s'inscrire dans leur filiation et affiliations. Cette attitude ne signifie aucunement un repli identitaire. Elle n'exclut pas une inscription dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; travers la d&#233;nonciation des violences sexistes envers les femmes musulmanes, d'autres questions d'ordre politique celles-l&#224;, relatives &#224; la migration, l'int&#233;gration et la s&#233;curit&#233; nationale sont trait&#233;es. S'y exprime le racisme de la soci&#233;t&#233; dominante &#224; l'encontre des musulmans et de leurs enfants (Hamel 2005). &#192; travers cette pol&#233;mique autour de l'annulation du mariage pour cause de non-virginit&#233;, ces jeunes femmes sont instrumentalis&#233;es, une fois de plus, pour asseoir la domination de la majorit&#233; sur la minorit&#233;. La sexualit&#233; de ces jeunes femmes est manipul&#233;e, exhib&#233;e sur la sc&#232;ne publique, pour confirmer le caract&#232;re archa&#239;que et fig&#233; de l'Islam ainsi que son danger pour la R&#233;publique et la la&#239;cit&#233;. Par ce biais, on tente de justifier la non-int&#233;grabilit&#233; des migrants musulmans, d'origine maghr&#233;bine pour la plupart. C'est plus particuli&#232;rement la norme de virginit&#233; qui a &#233;t&#233; assign&#233;e &#224; cette population comme trait de &#171; maghr&#233;binit&#233; &#187;, voire &#171; d'arabit&#233; &#187;, par la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Elle est pr&#233;sent&#233;e comme un obstacle &#224; l'int&#233;gration, comme preuve de &#171; l'inassimilabilit&#233; &#187; des populations migrantes musulmanes. Dans ce jeu interethnique, les migrants se sont appropri&#233;s cette assignation, &#224; travers un processus d'int&#233;riorisation. Ils l'ont retourn&#233; de mani&#232;re positive et investis comme embl&#232;me identitaire, symbolisant la fronti&#232;re entre &lt;i&gt;in-group&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;out-group&lt;/i&gt; (Hamel, op. cit. ; Tersigini 2001a, 2001b), entre dedans et dehors, entre eux et nous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette instrumentalisation de la sexualit&#233; des femmes musulmanes dans
les relations interethniques actuelles est h&#233;rit&#233;e du pass&#233; colonial de la
France au Maghreb. La question des femmes a fr&#233;quemment &#233;t&#233; utilis&#233;e par
les politiques coloniales - fran&#231;aise et britannique - pour prouver l'inf&#233;riorit&#233;
et l'arri&#233;ration des soci&#233;t&#233;s colonis&#233;es, que ce soit en Inde, au Moyen-
Orient, au Maghreb ou encore en Afrique sub-saharienne et justifier &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; l'entreprise civilisatrice de la colonisation (Abu-Lughod 2002 ; Ahmed
1992 ; Lazreg 1994). Au Maghreb, et tout particuli&#232;rement en Alg&#233;rie, le
regard colonial fran&#231;ais s'est &#233;galement concentr&#233; sur la question des femmes qui a repr&#233;sent&#233; depuis le d&#233;part un enjeu r&#233;el et symbolique. La sexualit&#233; a d'abord &#233;t&#233; un lieu de pouvoir : les femmes &#171; indig&#232;nes &#187; &#233;taient &#233;rotis&#233;es par des reproductions d&#233;nud&#233;es sur des cartes postales (Taraud 2003 : 144) ; l'arm&#233;e fran&#231;aise organisait la prostitution de ces m&#234;mes femmes afin de &#171; divertir &#187; ses soldats (Ibid. : 496) et la pratique du viol faisait partie des moyens mis en &#339;uvre pour torturer les femmes r&#233;sistantes ou pour faire parler leurs maris [&lt;a href='#nb5-1' class='spip_note' rel='footnote' title='T&#233;moignage de Madame Ighilariz dans le documentaire r&#233;alis&#233; par Patrick (...)' id='nh5-1'&gt;1&lt;/a&gt;] . La sexualit&#233; a ensuite servi &#224; d&#233;truire la r&#233;sistance des soci&#233;t&#233;s colonis&#233;es par une tentative de gagner la complicit&#233; des femmes, appel&#233;es &#224; &#171; s'&#233;manciper &#187; du joug de leurs maris et &#224; se r&#233;volter contre toute vell&#233;it&#233; d'ind&#233;pendance nationale pour acc&#233;der &#224; une ind&#233;pendance individuelle gr&#226;ce &#224; la colonie. Elles sont devenues les cibles du discours &#171; &#233;mancipateur &#187; des colonisateurs qui ont adopt&#233; un propos la&#239;cisant soulignant le caract&#232;re oppressif et r&#233;fractaire &#224; tout changement de l'Islam (Ahmed, op. cit ; Lazre, op. cit. ; Tersigni 2001a, op. cit.). Le pendant de ce discours fait que la sexualit&#233; des femmes fut de plus en plus soumise au contr&#244;le social et est devenue un lieu d'exercice du sentiment d'appartenance maghr&#233;bine (Tersigni 2001a, op. cit.). D&#233;fendre ses coutumes repr&#233;sentait, en effet, un moyen pour les populations opprim&#233;es de r&#233;sister au pouvoir colonial (Ahmed, op. cit.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si nous souhaitons vraiment que ces jeunes femmes soient trait&#233;es en &#233;gales, et en premier lieu par nous-m&#234;mes, il nous faut quitter une attitude
stigmatisante et simpliste, r&#233;duisant l'autre &#224; une alt&#233;rit&#233; insurmontable et
archa&#239;que. Les questions de virginit&#233; et de mariage sont profond&#233;ment li&#233;es
&#224; l'intimit&#233; et &#224; la subjectivit&#233; des individus. D&#232;s que ces derniers sont
cependant musulmans, ces questions prennent des allures d'affaires d'&#233;tat.
Les individus ne sont plus consid&#233;r&#233;s dans leur singularit&#233;, mais rejet&#233;s,
r&#233;duits &#224; leur appartenance religieuse et/ou culturelle. Ils ne sont plus appr&#233;hend&#233;s qu'&#224; travers le prisme de leur statut en tant que repr&#233;sentant de toute une communaut&#233;. On peut ici l&#233;gitimement se demander si cette annulation de mariage aurait suscit&#233; un tel &#233;moi public si les deux &#233;poux avaient &#233;t&#233; catholiques, ce qui arrive tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement dans les tribunaux fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La norme de virginit&#233; prend &#233;ventuellement une autre signification pour les jeunes femmes musulmanes que celle qui lui est pr&#234;t&#233;e par la soci&#233;t&#233;
fran&#231;aise. Notre exp&#233;rience clinique et de recherche nous porte &#224; penser
qu'elle repr&#233;sente un enjeu de leur construction identitaire et de leurs relations interg&#233;n&#233;rationnelles (Skandrani 2008 ; Moro 2007). H&#233;ritant du pass&#233; colonial et s'inscrivant dans les relations interethniques actuelles, son statut d'embl&#232;me identitaire lui conf&#232;re une position particuli&#232;re dans la transmission parentale. Le respect ou la transgression de cette norme rev&#234;t une signification identitaire pour les jeunes filles musulmanes, parce que cette r&#232;gle partielle symbolise le tout, la culture transmise par les parents &#8211; &#224; leurs yeux, aux yeux de leurs parents mais &#233;galement aux yeux de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Leur questionnement identitaire, leur inscription dans la filiation et l'affiliation se cristallisent autour de cette norme virginale [&lt;a href='#nb5-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. le travail de recherche de Sara Skandrani dans le cadre de sa th&#232;se de (...)' id='nh5-2'&gt;2&lt;/a&gt;]. Cependant, cette norme peut &#233;galement &#234;tre instrumentalis&#233;e par les jeunes filles musulmanes dans leurs relations interg&#233;n&#233;rationnelles : suivre cette r&#232;gle de mani&#232;re partielle leur permet d'en transgresser d'autres, sans pour autant que leurs parents ne craignent une perte de l'identit&#233; musulmane de leurs enfants. Par ce biais, cette transgression serait non seulement l&#233;gitim&#233;e aux yeux des parents, mais &#233;galement aux yeux des jeunes filles elles-m&#234;mes : en tant que marqueur identitaire, suivre la norme virginale leur suffirait comme preuve de leur identit&#233; musulmane, sans que la transgression d'autres normes ne la mette en p&#233;ril. Mais partager ce symbole avec leurs parents ne signifie aucunement qu'elles partagent &#233;galement avec eux sa signification. Leur interpr&#233;tation et transformation de cette norme leur conc&#232;dent certaines libert&#233;s. Notre exp&#233;rience r&#233;v&#232;le la diversit&#233; et la cr&#233;ativit&#233; des r&#233;appropriations possibles de la norme virginale. Elle ne repr&#233;sente, en effet, nullement une entit&#233; rigide et immuable. Elle est l'enjeu de n&#233;gociations, de transformations, de concessions et de d&#233;guisements &#8211; il s'agit en fait d'une v&#233;ritable recr&#233;ation. Ces r&#233;appropriations de la norme de virginit&#233; sont autant d'expressions de l'&lt;i&gt;agency&lt;/i&gt; et de la subjectivit&#233; des jeunes filles musulmanes en France. Au travers de leurs r&#233;cits et de leurs comportements, elles r&#233;futent le r&#244;le qui leur est bien souvent assign&#233; par le discours dominant : celui de victimes passives d'une norme virginale rigide. Elles en sont bien au contraire les actrices cr&#233;atives, aux comp&#233;tences culturelles multiples et m&#233;tiss&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette pol&#233;mique autour de l'annulation du mariage, il s'agit finalement
de la possible reconnaissance de la place de ces jeunes femmes musulmanes, avec toute leur singularit&#233;, dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Il s'agit de la place de leur propre parole, m&#234;me un peu d&#233;cal&#233;e ou diff&#233;rente mais en tous cas, d'une place singuli&#232;re, choisie et revendiqu&#233;e dans l'espace public. &lt;i&gt;In fine&lt;/i&gt;, c'est l'hyper-m&#233;diatisation de cette d&#233;cision de justice, plus que sa teneur, qui risque de porter pr&#233;judice aux femmes. D'autant que, comme le souligne si justement la sociologue Nacira Gu&#233;nif-Souilamas (2006), &#171; cette d&#233;cision se cristallise tr&#232;s fortement car l'Islam est devenu un lieu d'investissement fantasmatique et obsessionnel. Cette exigence de virginit&#233; ne rel&#232;ve pas de l'Islam mais de la tradition, mais cette histoire rencontre un imaginaire partag&#233; par tous &#187;. Or, &#171; Cette pol&#233;mique se fait au d&#233;triment de jeunes filles qui n'ont pas besoin de &#231;a. En croyant bien faire, on les enfonce un peu plus en leur faisant croire que le droit est contre elles ! Les discours tonitruants ont des cons&#233;quences d&#233;vastatrices pour les anonymes qui jonglent chaque jour entre leur culture familiale et les attentes de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#187;. Aujourd'hui, la malheureuse h&#233;ro&#239;ne de ce scandale national se retrouve &#171; dans le silence et la honte &#187; [&lt;a href='#nb5-3' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Le mariage annul&#233; pour cause de non-virginit&#233; &#187;. Elle 2008. http://www.elle.fr/ell' id='nh5-3'&gt;3&lt;/a&gt;] . L'espace public et donc politique montre ici qu'il manque &#224; sa fonction de lieu &#171; m&#233;taphoriseur &#187;, car il ne peut s'offrir comme espace de n&#233;gociation. Ainsi, apr&#232;s un &#171; j'ai la honte &#187; silenci&#233;, c'est un &#171; j'ai la haine &#187; qui gronde aujourd'hui le plus fr&#233;quemment chez les jeunes concern&#233;s pour lesquels cette affaire vient s'ajouter &#224; une longue liste d'&#233;v&#232;nements dont celle de &#171; l'affaire du voile &#187; (Mansouri 2007) et ses manifestations r&#233;actives. Si la virginit&#233; est un alibi post-colonial, alors &#171; c'est une d&#233;colonisation de l'imaginaire fran&#231;ais qui s'impose &#187; (Bancel &amp; Blanchard 2005 : 82).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Abu-Lughod L. Do muslim women really need saving ? Anthropological reflections on cultural relativism and its others. &lt;i&gt;American Anthropologist&lt;/i&gt; 2002 ; 104 : 783-90.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ahmed L. &lt;i&gt;Women und gender in islam&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Historical roots of a modern debate&lt;/i&gt;. New Haven &amp; London : Yale University Press ; 1992.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bancel N, Blanchard P. &lt;i&gt;Culture post-coloniale&lt;/i&gt;, 1961-2006. &lt;i&gt;Traces et m&#233;moires coloniales en France&lt;/i&gt;. Paris : Autrement ; 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gu&#233;nif-Souilamas N. &lt;i&gt;La R&#233;publique mise &#224; nu par son immigration&lt;/i&gt;. Paris : La Fabrique ; 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hamel C. De la racialisation du sexisme au sexisme identitaire. &lt;i&gt;Migrations soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; 2005 ; 17 : 91-104.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lazreg M. &lt;i&gt;The eloquence of silence&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Algerian women in question&lt;/i&gt;. New York :
Routledge ; 1994.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mansouri M. &lt;i&gt;Le corps voil&#233; des filles &#171; ill&#233;gitimes &#187; du couple franco-alg&#233;rien.&lt;/i&gt; M&#233;moire de Master 2 Recherche en Psychologie. Villetaneuse : Universit&#233; Paris XIII ; 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Moro MR. &lt;i&gt;Psychoth&#233;rapie transculturelle de l'enfant et de l'adolescent&lt;/i&gt;. Paris : Dunod ; 1998.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Moro MR. &lt;i&gt;Aimer ses enfants ici et ailleurs. Histoires transculturelles&lt;/i&gt;. Paris : Odile Jacob ; 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Skandrani S. &lt;i&gt;Pratiques transnationales, relations interg&#233;n&#233;rationnelles et construction identitaire des jeunes filles d'origine maghr&#233;bine en France&lt;/i&gt;. Th&#232;se de Psychologie (sous presse).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Taraud C. Mauresques. &lt;i&gt;Femmes orientales dans la photographie coloniale&lt;/i&gt;, 1860-1910. Paris : Albin Michel ; 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Taraud C. &lt;i&gt;La prostitution coloniale, Alg&#233;rie, Tunisie, Maroc&lt;/i&gt;, 1830-1962. Paris : Payot ; 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tersigni S. La virginit&#233; des filles et &#171; l'honneur maghr&#233;bin &#187; dans le contexte fran&#231;ais. &lt;i&gt;Hommes et Migrations&lt;/i&gt; 2001a ; 1232 : 34-40.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tersigini S. &#171; Honneur maghr&#233;bin &#187;, diff&#233;rence culturelle et int&#233;gration.
&lt;i&gt;Confluences M&#233;diterran&#233;e&lt;/i&gt; 2001b ; 39 : 55-65.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-1' id='nb5-1' class='spip_note' title='Notes 5-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] T&#233;moignage de Madame Ighilariz dans le documentaire r&#233;alis&#233; par Patrick Rotman,
&lt;i&gt;L'ennemi intime&lt;/i&gt;, diffus&#233; le 6 mars 2002 sur France 3.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-2' id='nb5-2' class='spip_note' title='Notes 5-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Cf. le travail de recherche de Sara Skandrani dans le cadre de sa th&#232;se de psychologie (sous presse).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-3' id='nb5-3' class='spip_note' title='Notes 5-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &#171; Le mariage annul&#233; pour cause de non-virginit&#233; &#187;. &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt; 2008.
&lt;a href=&quot;http://www.elle.fr/elle/societe/les-enquetes/le-mariage-annule-pour-non-virginite/(gid)/648006/(article)/ 648014&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://www.elle.fr/elle/societe/les-enquetes/le-mariage-annule-pour-non-virginite/(gid)/648006/(article)/
648014&lt;/a&gt;, acc&#232;s le 25 juillet 2008.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revuelautre.com/L-autre-2008-Vol-9-no3.html&quot; class='spip_in'&gt;L'autre 2008, Vol. 9, n&#176;3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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