Désir d’enfant, désir d’être parents, désir d’être enceinte, désir d’être conforme, désir d’être vu comme une mère ou un père, désir d’être comme son père ou sa mère, désir de retrouver sa propre enfance…. Le désir se différencie bien du besoin, de l’évidence (c‘est ainsi) ou de la demande d’enfant. Le vouloir conscient d’un enfant peut cacher un « je ne veux pas » inconscient et le conflit entre les deux est à l’origine de bien des stérilités. Les avancées médicales permettent actuellement l’accès à un enfant quand je veux (possibilité de porter un enfant alors que la ménopause est passée), avec qui je veux (homme, femme, compagnon décédé…) et comme je veux ou presque (diagnostic pré-implantatoire). Les bouleversements que cela entraîne sont encore difficilement appréciables, on peut imaginer, entre autres, que le rapport à la temporalité de la femme va être modifié, avec l’estompage du diktat de la ménopause.
Jusqu’à présent, les possibilités de reproduction étaient contenues à l’intérieur de bornes naturelles et culturelles. Au pire, on ne pouvait pas avoir d’enfant, normalement on devait en avoir. La conjonction actuelle, entre mutation culturelle et bouleversement technique, amène de nouvelles questions mais permet avant tout de percevoir à quel point la question du désir d’enfant est centrale. Mais quel est ce désir ? Quelle en est sa nature ? Comment comprendre les revendications à la parentalité ? À l’homoparentalité ? L’aller-retour entre histoire, philosophie, anthropologie et psychanalyse permet de poser autrement les termes du débat. En Occident, la complexité du désir d’enfant tente de se déplacer des choix d’une culture entière au vouloir singulier des parents. Parallèlement, la représentation de l’enfant a évolué en fonction des sociétés, des époques et des transformations sociales.
Ce numéro vous invite à un voyage car « voyager » permet de découvrir et, au-delà, de penser autrement. Au Moyen Âge, la pression sociale soutenait la procréation, la préférence d’un de ses enfants était alors la marque d’un choix différé. Chez les Pygmées aka, l’avortement peut-être la seule solution trouvée pour protéger la mère et son bébé non encore sevré du danger d’un enfant à venir. Face au désespoir de l’infertilité, à la Réunion, les thérapies traditionnelles précèdent la médecine occidentale dans la conjuration de l’absence de grossesse. La représentation de l’enfant, vulnérable et potentiellement en danger, conduit en Nouvelle-Calédonie à un certain nombre de rites de prévention, de soins et de protection. Au Sénégal, la pratique du don d’enfant soumet la femme qui donne et celle qui reçoit à des éprouvés subjectifs complexes, l’enfant étant alors porteur d’un nouveau lien social. Des entretiens avec des parents français, vietnamiens et cambodgiens, montrent la diversité des représentations de l’enfant en fonction des identités culturelles et sociales. Enfin, la rencontre avec des femmes qui ont fait le choix de ne pas être mère permet d’approcher les éléments explicites et plus ou moins inconscients du refus d’enfant.
Le désir d’enfant est à la fois un objet éminemment intime, personnel et profondément culturel et collectif. L’autre qui continue ses explorations entre cliniques, cultures et sociétés devait s’en saisir. Cette réflexion continuera dans d’autres numéros à venir sur ces questions du maternel, du féminin et de l’infantile. Autre projet, le 17 et 18 mai 2003 à Aix-en-Provence (France) aura lieu le second colloque de L’autre sur le thème : Éducations sentimentales… Belles perspectives ! Et, vous le savez, vous pouvez nous écrire pour réagir, nous parler de vous et de l’autre…

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