L'Autre

Editorial
Editorial




Augmenter la taille de la typo Diminuer la taille de la typo Taille du texte

 

Imprimer Imprimer

Publication liée :

L’autre 2004, Vol. 5, n°1

Auteur :

• BILIS M.

Autres éditoriaux :

• Les enfants de migrants à l’école : une chance !
par Marie Rose Moro, Claire Mestre

• La culture : ni tabou, ni révolutionnaire !
par Claire Mestre, Yoram Mouchenik, Thierry Baubet, Malika Bennabi, Marie Rose Moro

• La révolution des exclus
par Najib Djaziri

• La logique du bouc-émissaire  : réflexions et indignation
par Alain Goussot

• Pour une République multiculturelle
par Claire Mestre, Marie Rose Moro

• Urgence, traumatisme et adoption : quel devenir pour les enfants d’Haïti ?
par Hélène Romano

• Mémoire de l’esclavage
par Claire Mestre, Taïeb Ferradji

• Le Minotaure
par Christian Lachal

• Obama et la République plurielle
par François Giraud, Jonathan Ahovi, Claire Mestre, Thierry Baubet, Marie-Rose Moro

• La virginité, un alibi post-colonial ?
par Sara Skandrani, Malika Mansouri, Marie Rose Moro

• Les violences faites aux mémoires
par Claire Mestre, Yoram Mouchenik

• L’égalité pour tous : un mythe bon marché
par Claire Mestre

• La cuisine, l’art de l’illusion
par Marie Rose Moro

• Le voile des adolescentes. Le regard de celles qui le portent
par Marie Rose Moro

• La maigreur de l’hospitalité contemporaine
par Marie Rose Moro, Felicia Heidenreich

• Parler d’amour en temps de guerre
par Marie Rose Moro

• Construire un monde commun
par François Giraud

• « C’était quand le temps des colonies ? »
par Yoram Mouchenik et Taïeb Ferradji

• Petits théâtres du désir
par Geneviève Serre, Marie Rose Moro

• Arracher l’hostilité à la solitude
par François Giraud, Jean-Baptiste Loubeyre

• Pour que la posture ne l’emporte pas sur la compréhension et l’engagement
par Marie Rose Moro, François Giraud, Gésine Sturm

• Le Sud...
par Christian Lachal

• « Quel âge j’aurai quand je serai jeune ? »
par Anne Revah-Levy, Marie Rose Moro

• Trauma et cultures
par Thierry Baubet, Marie Rose Moro

• Éloge de l’altérité Nourrir, penser et agir
par Marie Rose Moro

• Parler de soi, penser à soi
par Anne Révah-Levy, Quitterie De La Noë

Michel Bilis

À propos de la laïcité à l’hôpital

Le débat sur la laïcité a très largement occupé les médias en cette fin d’année 2003. Il a, comme l’on sait, été « tranché » par le Président de la République : le respect de la laïcité à l’école sera énoncé, sinon régi, par la loi. Ce débat parti, à l’origine, de l’école publique, par le détour de la «  commission Stasi » a également, en chemin, traité de la situation dans les hôpitaux publics.

Au motif de réaffirmer le respect de la laïcité face à des poussées d’intégrismes religieux (soyons clairs : parfois juifs mais surtout musulmans), le débat sur la « laïcité  » à l’hôpital concernant les soins prodigués aux patients a donné lieu à certains « contresens  ».

Jusqu’à présent, l’hôpital était plutôt guetté par le risque d’une dérive «  techniciste et organiste » : on y accueille et on y soigne une personne et non pas simplement une pathologie ou un organe. Les personnels hospitaliers, les soignants s’interrogent fréquemment sur ces questions et la Charte du patient hospitalisé (circulaire ministérielle du 6 mai 1995) sans faire office de bréviaire, a plutôt opportunément et correctement formalisé ces préoccupations, consolidées ensuite par la Loi du 4 mars 2002 sur les droits du malade.

Or voilà qu’en réaction à un risque (hypothétique ou avéré) de « débordement » religieux, se donne désormais libre cours un discours aux accents de laïcité fermée et crispée selon lequel le soin serait exclusivement physiologique et ne s’adresserait pas à un homme, à une femme, à un enfant, à un vieillard, dans la plénitude de sa personne, de ses idées, de sa culture, de ses croyances, de sa spiritualité, de son psychisme, de son « identité ».

S’il est un lieu où s’est forgée et développée une pratique experte de ces approches du soin, c’est bien à l’Hôpital Avicenne - né Hôpital Franco-Musulman. Implanté au cœur d’un carrefour des migrations, des cultures, des civilisations et des religions, cet hôpital, au travers de ses équipes dans de nombreuses disciplines médicales, met en œuvre au quotidien le soin à la personne et non pas au malade désincarné. Bien évidemment, des questions liées aux pratiques religieuses, ou plus généralement aux croyances, se posent régulièrement. Elles font l’objet d’une écoute, d’un dialogue, d’une prise en compte et généralement, elles donnent lieu à une réponse qui intègre le soin et le respect de la personne sans que l’hôpital ait en quoi que ce soit sombré dans le fondamentalisme religieux ou soit devenu un champ clos de prosélytisme.

La Charte du patient hospitalisé dit-elle autre chose ? « Du respect de la personne et de son intimité : L’établissement de santé doit respecter les croyances et convictions des personnes accueillies. Un patient doit pouvoir, dans la mesure du possible, suivre les préceptes de sa religion (recueillement, présence d’un ministre du culte de sa religion, nourriture, liberté d’action et d’expression …). Ces droits s’exercent dans le respect de la liberté des autres. Tout prosélytisme est interdit, qu’il soit le fait d’une personne accueillie dans l’établissement, d’une personne bénévole, d’un visiteur ou d’un membre du personnel » (Extraits, VII).

Bobigny, le 13 janvier 2004