L'Autre

Editorial
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Publication liée :

L’autre 2011, Vol. 12, n°3

Auteurs :

• MESTRE C.
• MORO M. R.

Autres éditoriaux :

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par Najib Djaziri

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par Christian Lachal

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• Les violences faites aux mémoires
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• L’égalité pour tous : un mythe bon marché
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• La cuisine, l’art de l’illusion
par Marie Rose Moro

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par Marie Rose Moro

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• La maigreur de l’hospitalité contemporaine
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• Parler d’amour en temps de guerre
par Marie Rose Moro

• Construire un monde commun
par François Giraud

• « C’était quand le temps des colonies ? »
par Yoram Mouchenik et Taïeb Ferradji

• Petits théâtres du désir
par Geneviève Serre, Marie Rose Moro

• Arracher l’hostilité à la solitude
par François Giraud, Jean-Baptiste Loubeyre

• Pour que la posture ne l’emporte pas sur la compréhension et l’engagement
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• Le Sud...
par Christian Lachal

• « Quel âge j’aurai quand je serai jeune ? »
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• Trauma et cultures
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• Éloge de l’altérité Nourrir, penser et agir
par Marie Rose Moro

• Parler de soi, penser à soi
par Anne Révah-Levy, Quitterie De La Noë

Marie Rose Moro, Claire Mestre

Les enfants de migrants à l’école : une chance !

Il nous faut réagir face aux attaques virulentes d’un ministre de la République qui disait récemment que les enfants de migrants constituaient la majorité des enfants en échec scolaire dans notre école française, laïque et républicaine et cela pour le leur reprocher et les désigner comme des boucs émissaires.

Le procédé est bien connu, il n’en reste pas moins révoltant. On désigne un coupable, facile, vulnérable et on construit une fausse évidence qu’ensuite on déclare avoir été démontrée par les statistiques ou le terrain. La violence des enfants serait liée à la polygamie, faux. Les jeunes filles de familles musulmanes sont obligées de se voiler, faux. La Burqa est un problème de sécurité en France, faux. Et tant d’autres allégations mensongères à l’appui desquelles on trouvera toujours quelqu’un qui transformera un fait divers ou un cas particulier en règle générale. On a donc entendu ces derniers jours que la grande majorité des échecs scolaires en France était celle des enfants de migrants sans qu’il ne soit fait mention des travaux qui existent sur ce sujet. Si on les lit, on apprend plusieurs choses importantes qui permettent de comprendre et d’agir, et ce depuis longtemps déjà. Nombre de travaux français et européens ont été menés : statistiques, sociologiques, psychologiques, linguistiques ou ethnopsychiatriques. Pour ma part (Marie Rose Moro), les premiers travaux que j’ai faits sur ce sujet datent de 1994 (Parents en exil), puis de 2000 (Psychothérapie transculturelle des enfants de migrants) ou encore de 2010 (Nos enfants demain). Si on croise les travaux statistiques et les travaux qualitatifs comme les nôtres, on voit que, comme tous les enfants de classes sociales défavorisées, les enfants de migrants de même niveau social sont massivement et tragiquement en échec, et que rien ne bouge depuis ces dernières années. On voit aussi qu’en plus de la part liée à la classe sociale, ils sont mis en situation de vulnérabilité du fait de leur appartenance à une minorité culturelle non reconnue comme telle et non valorisée. L’on ne prend pas en compte le fait que le français est leur langue seconde et qu’ils doivent passer d’un univers culturel (celui de la maison) à un autre (celui de l’école), avec des habitudes et des représentations du savoir différentes, ce qui génère des difficultés (Chomentowski 2009). Enfin, ils subissent des discriminations liées à leurs appartenances sociales et culturelles qui font qu’on projette sur eux - et tout particulièrement sur les garçons - des représentations négatives et stigmatisantes. Malgré un désir important que leurs enfants réussissent bien à l’école française, ceci est retrouvé dans toutes les études, les parents sont très peu associés au projet scolaire de leurs enfants car l’école ne s’adapte pas à eux et ne crée pas les conditions pour leurs implications (langue des parents, informations adaptées dans la langue maternelle si besoin…). Par ailleurs, les enfants de migrants sont plus facilement que les autres mis dans des classes en marge du système général ou dans des cycles courts. Une recommandation européenne qui est parue en 2008 sur l’éducation des enfants de migrants en Europe, basée sur une méta-analyse de toutes les études européennes disponibles sur le sujet, préconisait des mesures concrètes pour inverser cette vulnérabilité des enfants de migrants et faire en sorte que ces enfants réussissent bien à l’école et soient une chance pour la société qu’ils sont en train de construire et dont ils seront membres. Cette recommandation rejoint ce que nous avons nous-mêmes mis en évidence et démontré depuis 1994. L’école doit reconnaître la diversité culturelle et sociale en son sein : équipe enseignante, adultes encadrants, présence concrète des parents de toutes cultures et langues, présence dans les programmes généraux de thèmes qui reconnaissent la diversité culturelle (histoire ou géographie des autres pays que les nôtres et, en particulier, ceux des enfants de migrants, introduction à la linguistique…). En second lieu, cette circulaire recommande de reconnaître le fait que la langue de l’école peut être la langue seconde des enfants et, par conséquent, de s’adapter à cela par des classes de petite taille au début de la scolarité pour permettre aux enfants de faire le passage d’une langue à l’autre en s’appuyant sur leur langue maternelle, dont l’apprentissage est recommandé fortement. On parle d’autant mieux et avec plaisir la langue seconde que sa langue première est acquise avec certitude et dignité. Rien de plus délabrant pour les enfants et leurs apprentissages que d’intérioriser le fait que cette langue seconde serait mauvaise et inutile. C’est pourtant ce qui est véhiculé actuellement par le discours ambiant qui dévalorise cette diversité linguistique et culturelle et en fait un problème majeur de notre société européenne. Une étude de 1994, que nous avions faite sur les enfants de migrants qui réussissent mieux à l’école que leurs camarades nés de parents eux-mêmes nés ici, avait montré que ces enfants remarquables présentaient deux caractéristiques : c’étaient majoritairement des enfants bilingues ou lorsqu’ils ne l’étaient pas, ils avaient une représentation positive de leur langue maternelle et de la culture de leurs parents et, seconde caractéristique, ils avaient tous dans leur parcours un passeur, c’est-à-dire une personne qui leur donnait envie de s’inscrire dans ce monde français et qui ne dénigrait pas celui de leurs parents. Ce passeur pouvait être un enseignant, un animateur, un travailleur social ou un membre de la communauté bien inscrit dans ce monde français. Leur donner envie d’appartenir à ce monde choisi par leurs parents et reconnaître leur diversité, telles semblent être les clés de la réussite de ces enfants de migrants. Ainsi, on sait ce que l’on doit faire pour que ces enfants qui ont envie d’apprendre puissent le faire pour leur plaisir et le nôtre. On ne pourra pas dire que l’on ne savait pas !

Nous avons vu un slogan affiché sur un réverbère parisien, nous le faisons volontiers nôtre : D’ailleurs, nous sommes d’ici.

Paris, 2 juin 2011